Découvrez comment le changement climatique influence la dynamique des littoraux français, entraînant érosion et montée des eaux. Explorez les défis environnementaux et les solutions mises en place pour protéger ces espaces fragiles.
La calotte glaciaire du Groenland est la seconde plus grande étendue de glace sur Terre. Découvrez comment elle subit les effet du réchauffement climatique.
Comment se forme le vent ? Apprenez-en plus sur les mécanismes de la pression, de la chaleur et de la rotation terrestre qui créent ces puissants courants d'air.
À l’heure où l’on parle de réchauffement climatique, il peut sembler décalé de s’intéresser au petit âge glaciaire (PAG). La chose est d’importance néanmoins. Selon certains historiens, le PAG pourrait être une des causes d’évènements majeurs comme la Révolution française. Le terme a pour la première fois été utilisé en 1939 par le topographe américain F.E. Matthes. Depuis cette époque, les études scientifiques ont identifié une période de refroidissement climatique entre la fin du XIIIe siècle et la moitié du XIXe siècle. Il s’agit là de l’évaluation la plus longue. En effet, le phénomène est complexe et les spécialistes ne sont unanimes, ni sur sa datation ni sur ses causes. Que sait-on aujourd’hui du climat de cette période de près de 600 ans ? Quelles causes peuvent-elles être avancées pour expliquer la petite glaciation ?
Le Petit âge glaciaire : un phénomène aux multiples manifestations
Ce que nous enseigne l’histoire
Le refroidissement général du climat a marqué la mémoire des hommes entre le Moyen Âge et le XIXe siècle. Sur cette période, il existe de nombreux indices d’une détérioration du climat :
Une grande famine eut lieu en Europe entre 1314 et 1316 en raison d’une météorologie défavorable. Les chroniques évoquent des étés sans soleil et des précipitations abondantes. Le foin ne sèche pas, les charrues s’embourbent, les rendements du blé sont très faibles.
En 1481, une nouvelle famine intervient en France en raison d’un hiver très froid suivi d’un printemps et d’un été désastreux.
Les colonies vikings du Groenland disparaissent tragiquement, faute de s’être adaptées aux changements climatiques.
En France, la fin du règne de Louis XIV est marquée par des catastrophes climatiques et démographiques. La disette des années 1693-1694 est due à des intempéries excessives et aux basses températures. Au cours de l’hiver 1709, on enregistre des records de froid : jusqu’à -20,5° C à Paris ! On estime la surmortalité française à la fin des années 1700 à environ 600 000 personnes.
Des artistes ont aussi décrit des hivers particulièrement froids. Ainsi, des peintres comme le flamand Pieter Brueghel l’Ancien (1525-1569) ont livré le témoignage d’hivers rigoureux où les étangs gelés permettaient la pratique du patin à glace.
Le retour des chasseurs dans leur village enneigé et glacé. Œuvre de l’artiste flamand Pieter Brueghel l’Ancien, 1565. Crédit photo : Pieter Brueghel the Elder, Public domain, via Wikimedia Commons
Les historiens du climat disposent d’informations fiables à travers les registres qui recensent les évènements marquants de l’année. Il s’agit en particulier de la date des vendanges qui est enregistrée en France à partir des années 1370. Des vendanges précoces sont le signe d’un printemps et d’un été chaud, des vendanges tardives témoignent au contraire d’un printemps et d’un été plus frais. La culture du blé est également un indicateur climatique intéressant. Cette céréale est, en effet, très sensible aux variations climatiques. Ces données ont notamment été étudiées par le spécialiste de l’histoire du climat, Emmanuel Le Roy Ladurie (Histoire du climat depuis l’an mil, 1967).
Toutefois, ces témoignages historiques ne permettent pas de distinguer dans ces épisodes météorologiques extrêmes une évolution du climat. Cette dernière doit s’appréhender sur le long terme à travers des données scientifiques certaines.
Les reconstitutions paléoclimatiques
Une autre source d’information est constituée par l’observation des glaciers. Ces derniers avancent ou reculent selon le froid et l’humidité.
Par exemple, le glacier d’Aletsch en Suisse a été étudié par l’école de glaciologie de Berne et de Zürich sur une durée de 3 000 ans (Holzhauser et al. 2005 ; Holzhauser 2009). Les avancées et reculs successifs de ce glacier témoignent d’un apogée du petit âge glaciaire entre le XVIe siècle et le milieu du XIXe siècle. Depuis 1850, le glacier a reculé de 3 kilomètres. Des études sur d’autres régions du monde démontrent également un recul des glaciers à partir de la moitié du XIXe siècle (Oerlemans, 2005).
L’étude de la position du front du glacier d’Aletsch en Suisse, au cours des 3 000 dernières années, a permis de situer le début du Petit âge glaciaire dès la fin du XIIIème. En Europe, l’apogée du PAG se situe entre les XVIème et XIXème siècles. Crédit photo : Image par marcelkessler de Pixabay
Une autre méthode est utilisée pour suivre l’évolution du climat sur le long terme, il s’agit de la dendrochronologie. Cette discipline étudie la croissance des arbres à partir des anneaux observés sur la coupe des troncs. Ces informations permettent de déterminer l’âge de l’arbre, mais aussi les données climatiques d’une année particulière. Par exemple, les cernes seront plus resserrées en cas de sécheresse. Ces données ont notamment été étudiées pour les Alpes françaises (Jean-Louis Édouard et al. 2009).
Les scientifiques ont ainsi pu évaluer la baisse des températures lors de la petite glaciation. Entre une période anormalement chaude, « l’Optimum climatique médiéval » (Xe-XIVe siècle), et un réchauffement depuis la fin du XIXe siècle, les températures moyennes auraient baissé de 0,5 à 1° C. Une baisse moyenne qui peut sembler relativement faible. Elle cache néanmoins de fortes amplitudes thermiques et des épisodes extrêmes plus nombreux, notamment des températures très basses en hiver.
La chronologie des oscillations du petit âge glaciaire varie selon les études, mais toutes s’accordent sur une baisse générale de la température moyenne d’environ 0,5°C entre les années 1303 et 1860. Crédit photo : GWart, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Si le Petit Age Glaciaire est un fait historique et scientifique avéré, les causes de ce refroidissement global font toujours débat au sein de la communauté scientifique.
Les causes du refroidissement climatique : un débat toujours ouvert
La réduction de l’activité solaire
Il est aujourd’hui admis qu’une des causes majeures de ce refroidissement global provient d’une baisse d’activité du Soleil. Ce dernier est observé depuis longtemps grâce à la lunette astronomique mise au point par Galilée (1609).
L’activité solaire peut être déduite à partir de la densité de « taches » présentes à sa surface. On sait à présent que ces taches correspondent à des zones où le champ magnétique est très fort et où les gaz chauds n’atteignent pas la photosphère (surface visible de l’étoile). Ces zones sont un peu plus froides et apparaissent très sombres par rapport au reste de la photosphère. La présence de taches est le signe d’une activité intense du Soleil, peu ou pas de taches solaires témoignent d’une activité réduite de l’astre.
Par exemple, au cours de la période 1645-1715, très peu de taches ont été observées. Cette époque a connu plusieurs épisodes de froid extrême comme évoqué précédemment.
Les observations de l’activité solaire ont été corroborées par la mesure des radionucléides (produits par les rayons cosmiques). Celle-ci a permis d’évaluer le flux solaire incident sur une échelle de temps de 1 000 ans. Il a été constaté des fluctuations de l’irradiance solaire totale (TSI, flux solaire reçu au niveau de la Terre) selon des cycles de 11 ans.
De plus, quatre minima d’irradiance apparaissent pendant le XIVe siècle (minimum de Wolf), le XVe siècle (minimum de Spörer), le XVIIe siècle (minimum de Maunder) et le XIXe siècle (minimum de Dalton).
L’activité volcanique
L’origine du petit âge glaciaire a aussi été recherchée dans l’activité volcanique terrestre. Des carottes de glace ont, en effet, été prélevées dans les années 1970 au Groenland puis en Antarctique. Les échantillons contenaient des dépôts d’aérosols sulfatés composés à 70 % de silice, caractéristiques d’une éruption volcanique majeure. Son effet sur le climat ? Les cendres émises lors des éruptions explosives dans la haute atmosphère réfléchissent les rayonnements solaires et entraînent une diminution de la chaleur reçue par la Terre.
Un pic de concentration a été observé dans les dépôts glaciaires autour de 1258-1259. Cela signifiait qu’une ou plusieurs éruptions de grande ampleur avaient eu lieu à cette époque. Après cette découverte étonnante, les scientifiques ont recherché les volcans responsables d’un tel cataclysme. En 2013, le géographe Franck Lavigne et son équipe, dans un article scientifique publié dans la revue PNAS, ont émis l’hypothèse selon laquelle le volcan se situerait sur l’île de Lombok, en Indonésie. Le volcan Samalas semble en effet présenter les caractéristiques de la méga-éruption recherchée :
Une éruption plinienne, susceptible de toucher les deux hémisphères ;
Une caldeira (cratère géant d’origine volcanique) de plusieurs kilomètres dont les flancs sont recouverts de pierres ponces ;
L’existence de chroniques qui parlent d’une éruption colossale à la fin du XIIIe siècle.
Pour d’autres scientifiques (Gifford H. Miller et al., Geophysical Research Letters, janvier 2012), le petit âge glaciaire aurait commencé entre les années 1275 et 1300. Il aurait été causé par quatre éruptions volcaniques survenues en moins de cinquante ans.
Toutefois, des éruptions volcaniques ne peuvent expliquer à elles seules un refroidissement climatique de plusieurs siècles (Marie-Antoinette Mélières, Chloé Maréchal, Climats passé, présent, futur, Belin, 2020, p.218).
Le Gulf Stream et les conquistadors
D’après une autre étude publiée en 2006 dans la revue Nature, des chercheurs américains ont émis une nouvelle hypothèse. Sans exclure les autres causes, ils ont pu corréler la période du petit âge glaciaire avec un ralentissement moyen du Gulf Stream. Ce courant marin offre à l’Europe de l’Ouest un climat tempéré et aurait connu un ralentissement d’environ 10 % sur la période étudiée. Les données restent toutefois parcellaires et mériteraient d’être complétées.
Une nouvelle théorie audacieuse a été formulée en mars 2019 par des géographes de l’University College de Londres et de l’Université de Leeds, au Royaume-Uni. Ils affirment que la disparition de millions d’Amérindiens après l’arrivée des Européens aurait eu un effet sur le climat de la planète.
Selon ces chercheurs, près de 90 % des populations locales ont été décimées par les guerres et les maladies contagieuses. Une telle hécatombe aurait entraîné l’abandon de grandes surfaces cultivées. La forêt aurait alors repris ses droits et absorbé davantage de CO2, réduisant considérablement l’effet de serre sur la planète.
Les conquistadors à l’origine d’une accentuation du petit âge glaciaire ? Gageons que nous n’en avons pas fini avec les hypothèses sur cet épisode de refroidissement global du climat. Une problématique qui présente une symétrie avec les préoccupations de notre époque, cette fois-ci dans le cadre d’un réchauffement climatique…
RETENEZ
Le Petit âge glaciaire (PAG) est une période climatique anormalement froide entre la fin du XIIIe siècle et le milieu du XIXe siècle.
Le refroidissement du climat sur cette période est confirmé par les sources historiques et la paléoclimatologie.
Les causes du phénomène suscitent toujours des débats scientifiques : Réductions de l’activité solaire ? Éruptions volcaniques ? Ralentissement du Gulf Stream ?
Après un voyage de 7 mois, le rover Perseverance a foulé le sol martien pour le plus grand espoir des scientifiques. L’astromobile a été conçu pour tenter de répondre à la fameuse question qui fascine encore les astrobiologistes. Y-a-t-il eu de la vie sur Mars, il y a 3,5 milliards d’années, lorsque de l’eau coulait encore sur la planète rouge ?
Sa mission principale : récolter des échantillons du sol martien et les ramener intacts sur Terre ! Depuis son atterrissage, la NASA a déjà diffusé de nombreux clichés du rover en pleine exploration, ainsi que de somptueux panoramas de la planète rouge. Retour en images sur l’une des missions les plus ambitieuses de l’exploration spatiale, entre enjeux scientifiques et prouesses technologiques.
L’atterrissage de Perseverance : un exploit technologique et humain
Après avoir parcouru 472 millions de kilomètres depuis la Terre, Perseverance est entré dans l’atmosphère de Mars le 18 février 2021 à près de 20 000 kilomètres par heure. Un bouclier thermique a permis de protéger l’astromobile des 1 300°Celsius, provoqués par les frottements sur l’atmosphère martienne.
À 11 kilomètres du sol martien, ses parachutes supersoniques se sont déployés pour réduire sa chute vertigineuse à environ 70 kilomètres par heure. Des rétrofusées ont ensuite pris le relais, permettant au rover de stabiliser sa chute libre et d’atteindre une vitesse de 3 kilomètres par heure. Enfin, à 20 mètres d’altitude, des câbles accrochés à l’étage de descente (le Sky Crane) ont libéré Perseverance. Le rover d’une tonne s’est ainsi posé délicatement sur le sol martien, sous le regard émerveillé du monde entier.
Une procédure d’atterrissage à haut risque, qui aura duré 7 minutes. Les « 7 minutes de terreur », comme les surnomment les ingénieurs de la NASA. Un laps de temps pendant lequel tout peut arriver et où les ingénieurs n’ont pas la main. Perseverance devient ainsi le cinquième astromobile à se poser avec succès sur la planète rouge.
Un ancien lac concentre tous les espoirs
Le point de chute du rover n’a pas été choisi au hasard. Après cinq années d’études, les scientifiques ont décidé que le cratère d’impactJezero, de 48 kilomètres de diamètre, serait le terrain de jeu du rover Perseverance. Tout laisse supposer qu’il y a 3,5 milliards d’années, le cratère était occupé par un lac d’environ 500 mètres de profondeur. Des cours d’eau s’y jetaient, formant un delta.
Le site présente une variété de minéraux qui ne se forment qu’en présence d’eau. Les sédiments argileux (notamment des smectites) qui composent l’ancien delta ou les rivages proches du lac pourraient renfermer des biosignatures, c’est-à-dire, des résidus d’une hypothétique ancienne vie microbienne.
Perseverance est en quête de traces de vie dans les sédiments d’un ancien lac de Mars. Des échantillons doivent être ramenés sur Terre !
Le rover Perseverance à la recherche de vie passée sur Mars
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Il y a des milliards d’années, les preuves géologiques indiquent qu’une eau abondante a coulé sur Mars et s’est accumulée dans des dépressions, des lacs et des océans. Une partie de cette eau pourrait toujours être piégée dans les minéraux de la croûte martienne. L’un des objectifs de la mission de Perseverance est de retrouver d’éventuelles traces anciennes d’une vie microbienne. Cette vue globale de Mars est composée d’environ 100 images prises par la sonde Viking Orbiter en orbite martienne. Crédit photo : NASA/JPL-Caltech/USGS
Le rover Perseverance lors de sa descente sur la planète rouge le 18 février 2021. Crédit photo : NASA/JPL-Caltech
Voici la première photo en couleurs du sol martien prise par le robot Perseverance après son atterrissage le 18 février 2021. On aperçoit l’ombre de l’astromobile. Crédit photo : NASA/JPL-Caltech
Cette image prise par le rover Perseverance le 13 mars 2021 dévoile le régolithe martien, la couche meuble de sable, de poussières et de blocs de rochers qui recouvre la roche-mère sous-jacente. Cette poussière est fréquemment soulevée par des tempêtes de vent et peut rester en suspension dans l’atmosphère, conférant au ciel martien une teinte rougeâtre si particulière. La couleur rouge de la poussière est liée à la présence d’oxydes de fer présent dans les roches. Crédit photo : NASA/JPL-Caltech/ASU
Cette image capturée par Mars Express Orbiter, la sonde spatiale de l’ESA en orbite martienne, montre la site d’atterrissage de Perseverance : le cratère Jezero. Ce cratère est situé prés de l’équateur martien et mesure 45 kilomètres de large. Cette photo montre le trajet sinueux d’un ancien cours d’eau sur la partie gauche du cliché débouchant sur un delta, en forme d’éventail (cône de déjection), et un ancien lac. Le rover va tenter de retrouver des marqueurs d’une ancienne vie microbienne. L’endroit précis d’atterrissage du rover Perseverance est signalé par le point orange. Crédit photo : Crédit photo : ESA/DLR/FU-Berlin
Depuis son site d’atterrissage Perseverance peut voir un ancien dépôts de sédiments d’environ 10 mètres de hauteur dans ce qui était autrefois un delta. Les scientifiques pensent que ce delta est ce qui reste de la confluence entre une ancienne rivière et un ancien lac qui était situé dans le cratère Jezero. Le rover va tenter de découvrir si de la vie a pu s’y développer dans le passé de Mars. Crédit photo : NASA/JPL-Caltech/ASU/MSSS
Cette image prise le 22 février 2021 par l’instrument Mastcam-Z de Perseverance montre la première cible qui a été analysée par l’instrument SuperCam du rover. Cette roche claire qui a été nommée « Máaz » (signifiant « Mars » en langue Navajo) mesure environ 73 centimètre de longueur. Ce bloc contraste avec les roches plus sombres avec des trous, situées en bas à gauche de l’image. Crédit photo : NASA/JPL-Caltech
Un selfie de Perseverance et de son petit hélicoptère Ingenuity sur le sol martien, le 06 avril 2021. Le rover a utilisé la caméra WATSON située au bout de son bras articulé. Cette photo a été reconstituée par l’équipe en charge de la mission à partir de 62 images individuelles. Crédit photo : NASA/JPL-Caltech/MSSS
Cette image de la surface de Mars a été capturée le 04 mars 2021, alors que le rover Persévérance roulait sur Mars pour la première fois. Remarquez les traces de roues du rover laissées sur le sol martien. Crédit photo : NASA/JPL-Caltech
Le premier engin volant sur Mars, Ingenuity, déployé sur la planète rouge en attendant ses premiers vols d’essai. L’un des objectifs du petit hélicoptère de moins de deux kilos : atteindre 5 mètres de hauteur et prendre des clichés de l’environnement martien. Crédit photo : NASA/JPL-Caltech/ASU
Perseverance a acquis cette image de son environnement immédiat le 18 février 2021 à l'aide de sa caméra Left Mastcam-Z, une paire de caméras situées en haut du mât du rover. Crédit photo : NASA/JPL-Caltech/ASU
Un astromobile sophistiqué pour comprendre l’histoire martienne
Après 8 ans de conception, Perseverance embarque à son bord pas moins de 7 instruments et 23 caméras. Des instruments à la pointe de la technologie qui permettront de saisir comment l’habitabilité d’une planète rocheuse évolue au cours des temps géologiques.
Des mains pour creuser le sol martien…
Afin d’étudier la composition minéralogique du sous-sol de Mars, Perseverance est équipé d’une foreuse capable de prélever des carottes sur une dizaine de centimètres de profondeur. Une fois prélevés, le rover déposera ces prélèvements dans 43 tubes métalliques. Une fois scellés, Perseverance les disséminera le long de son chemin, tel le Petit Poucet.
Un futur robot aura pour mission de les récupérer, un autre de les faire décoller et un dernier de les récupérer en orbite martienne afin de les renvoyer sur Terre. Un enjeu historique dans l’exploration spatiale. Les premiers échantillons devraient arriver sur Terre d’ici 2031, tandis que l’Homme aura sans doute déjà remis le pied sur la Lune.
… des yeux et des oreilles pour observer son environnement
Placée au bout de son bras robotisé, SuperCam, une caméra très haute définition, développée par des ingénieurs français, réunit 5 techniques de mesure qui permettront de caractériser l’environnement géologique de l’astromobile. Avec ses tirs lasers, SuperCam pourra notamment analyser la composition chimique de la roche prélevée in situ et détecter d’éventuelles molécules organiques fossiles.
Quant à lui, le microphone embarqué apportera des précisions sur la mécanique des roches ainsi que des informations sur la météorologie locale et de manière plus globale sur l’atmosphère de Mars. L’instrument a d’ailleurs permis d’enregistrer le premier son de vent de l’histoire martienne !
Un ingénieux petit drone embarqué
Le rover Perseverance emporte également avec lui un engin volant : Ingenuity, un petit drone de moins de 2 kilogrammes. Les données enregistrées lors de ses vols permettront de déterminer si l’envoi d’un hélicoptère de plus grande taille est envisageable. Des hélicoptères utiles pour coloniser Mars, comme le prévoit la société spatiale SpaceX ? L’avenir de l’exploration spatiale nous le dira… En attendant, Ingenuity est devenu le premier engin volant à décoller de la surface d’une autre planète que la Terre ! Une démonstration avant tout technologique.
Quid de l’exploration de la planète rouge ?
Mais pourquoi étudier une planète aussi stérile que Mars ? Notre planète a partagé des caractéristiques communes avec Mars. Observer Mars, c’est comme regarder dans le passé. C’est chercher à comprendre comment la vie est née sur une planète rocheuse et comment elle a éclos sur Terre.
La physionomie de la Terre est constamment modelée par l’eau et l’érosion depuis sa formation. Le visage de Mars, de son côté, est resté comme figé, depuis l’asséchement de la planète il y a environ 3,5 milliards d’années. Contrairement à la Terre, Mars n’a pas de tectonique des plaques, ce qui a pu lui permettre de conserver d’anciennes traces de vie.
Étudier Mars revient donc à étudier la mémoire passée et parfois perdue de la Terre. Les scientifiques savent désormais que Mars a été habitable par le passé. Il s’agit maintenant de savoir si la planète rouge a été habitée. Perseverance et les astromobiles à venir tenteront de répondre à cette énigme, vieille de plus d’un siècle.
La mission du rover Perseverance s’inscrit dans un programme plus global, Mars Sample Return, qui doit se dérouler sur 10 ans. Un programme spatial ambitieux qui doit ouvrir la voie à l’exploration humaine de la planète rouge. La prochaine conquête de la Lune, dans le cadre du programme Artemis, sera capitale pour assurer la réussite de futures missions habitées sur Mars, comme le prévoient la NASA et des sociétés spatiales privées.
Le dispositif MOXIE présent sur Perseverance a d’ores et déjà permis de produire de l’oxygène à partir du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère martienne, à l’image des arbres sur Terre ! De l’oxygène utile à l’installation de futures colonies humaines sur Mars. De la pure science-fiction ? Il est encore trop tôt pour le dire…
RETENEZ
Il y a environ 4 milliards d’années, de l’eau coulait sur la planète rouge.
Le rover Perseverance va tenter de rechercher des traces de vie sur Mars.
L’astromobile doit contribuer à ramener sur Terre des échantillons du sol martien.
Mars Nasa [En ligne]. Mars 2020 Perseverance Rover - NASA Mars; [cité le 4 mai 2021]. Disponible: https://mars.nasa.gov/mars2020/
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CNES [En ligne]. Mars 2020/Perseverance/SuperCam | Le site du Centre national d’études spatiales; [cité le 4 mai 2021]. Disponible: https://supercam.cnes.fr/fr
L’Etna, le volcan sicilien le plus célèbre d’Europe est en éruption. Fontaines et coulées de lave font le spectacle pour le plus grand plaisir des amateurs. Un phénomène naturel toujours aussi impressionnant mais sans danger majeur pour la population. L’éruption volcanique est surveillée sur le terrain par les volcanologues et depuis l’espace par les satellites d’observation de la Terre.
De longues coulées de lave visibles depuis l’espace
Le volcan connait un regain d’activité depuis la fin décembre 2020. Lors du paroxysme du 16 février 2021, le volcan a produit des fontaines de laves atteignant des hauteurs d’environ 500 à 600 mètres avec des explosions sporadiques.
Une colonne de cendres de 6 kilomètres s’est également élevée au-dessus du volcan. Poussée par les vents vers le Sud-Est, elle a engendré des dépôts de cendres et de lapilli (fragments de lave compris entre 2 et 64 mm) dans plusieurs villes situées au pied du volcan. La ville de Catane et ses 300 000 habitants, à environ 30 kilomètres au Sud-Est du volcan, a également été touchée par cette pluie de cendres, contraignant les autorités locales à fermer l’aéroport. Des chutes de cendres ont également été signalées dans la région de Syracuse à 60-80 kilomètres du volcan.
Image de l’Etna prise le 18 février 2021 par le satellite Sentinel-2 de l’ESA, montrant le trajet des coulées de lave sur le volcan après traitement à l’aide de la bande infrarouge à ondes courtes de la mission Copernicus. Crédit photo : contains modified Copernicus Sentinel data (2021), processed by ESA, CC BY-SA 3.0 IGO
Cette image de l’Etna en couleurs recomposées a été capturée le 18 février 2021 par le satellite Sentinel-2 de l’Agence Spatiale Européenne (ESA). L’image a été traitée à l’aide de la bande infrarouge à ondes courtes de la mission Copernicus afin de mettre en évidence le trajet des coulées de lave sur les flancs du volcan (rouge vif).
La plus longue coulée de lave a parcouru environ 4 kilomètres sur le flanc Est du volcan, dans la vallée del Bove. Des coulées de moindres ampleurs se sont épanchées respectivement au Nord et au Sud-Ouest (1,3 kilomètres) du cratère principal. Remarquez également comme le noir des cendres sur le flanc oriental du volcan tranche avec le blanc de la neige du côté occidental.
Un volcan aux éruptions spectaculaires mais peu dangereuses
L’Etna est aujourd’hui le volcan actif le plus imposant d’Europe avec des dimensions colossales. Au fil de son histoire, celui-ci est devenu un mastodonte de 40 kilomètres de diamètre à sa base, pour une superficie d’environ 1 250 km². Le volcan est constitué de la superposition de nombreuses couches de lave, de scories (fragment de lave poreux) et de cendres, ce que les volcanologues appellent un « strato-volcan ». Très surveillé par les scientifiques, l’Etna a connu des centaines d’éruptions depuis sa formation il y a environ 500 000 ans.
L’Etna, le plus grand volcan actif d’Europe, offre un spectacle naturel unique avec ses fontaines et ses coulées de lave.
La plupart de ses éruptions se produisent dans les cratères sommitaux situés à plus de 3 000 mètres d’altitude, alors que des coulées de lave naissent parfois directement sur les flancs du volcan, à la faveur de fissures. Les phases explosives alternent avec des phases effusives (épanchements de lave fluide) : des éruptions mixtes qualifiées de type « strombolien ».
Bien que l’Etna soit l’un des volcans les plus actifs de la planète, ses éruptions volcaniques sont spectaculaires mais peu dangereuses pour les populations qui vivent aux alentours. En effet, ses coulées de lave, pauvres en silice, sont assez fluides. La plupart du temps, elles s’épanchent lentement et dans des zones souvent inhabitées.
Certes spectaculaire, cet épisode éruptif n’est pas pour autant un événement exceptionnel pour le géant sicilien. En effet, l’Etna a connu une histoire tumultueuse, avec des éruptions volcaniques plus violentes que le paroxysme de février 2021. A chaque éruption, l’Etna nous offre un spectacle naturel extraordinaire qui attire, chaque année, de nombreux touristes.
La Terre a t-elle toujours eu le même visage depuis ses origines, avec ses sept continents bien distincts, bordés par différents océans ? Ce n’est que récemment que nous avons découvert que ce n’était pas le cas ! La surface de notre planète évolue chaque jour, sous l’effet d’un processus prenant ses racines dans les profondeurs : la tectonique des plaques. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Comment explique t-on que certains continents s’éloignent alors que d’autres se rapprochent ? Et surtout, comment ce mouvement se manifeste t-il en surface ? Dans cet article, nous faisons le point sur ce mécanisme perpétuel de la tectonique des plaques, une composante majeure de notre système Terre.
Qu’est-ce que la tectonique des plaques ?
À l’origine, il s’agit d’une théorie selon laquelle l’enveloppe supérieure terrestre serait divisée en plusieurs plaques animées par différents mouvements. Ces « plaques » se présentent sous la forme de grands blocs rigides, d’une épaisseur variable (entre 70 et 200 km) et flottent au-dessus d’une autre couche plus malléable : le manteau terrestre.
Comprendre la structure interne de la Terre
Pour bien comprendre le principe de la tectonique des plaques, revenons-en d’abord aux fondamentaux. Notre planète est composée de différentes couches aux caractéristiques variables :
la croûte terrestre sur laquelle nous évoluons, essentiellement constituée de roches dures type basalte (croûte océanique) ou de granites (croûte continentale). Peu épaisse sous les océans (de 5 à 10 km), la croûte terrestre peut atteindre 80 km d’épaisseur au niveau des continents et des chaînes de montagnes les plus massives ;
le manteau supérieur, avec une première enveloppe rigide (de 70 à 150 km de profondeur) et une couche plus ductile, jusqu’à 700 km de profondeur ;
le manteau inférieur, rigide, jusqu’à 2200 km de profondeur ;
le noyau externe, liquide, d’une épaisseur d’environ 2200 km. C’est cette partie du noyau qui est à l’origine du champ magnétique terrestre.
enfin, le noyau interne, solide, dont le centre se trouve à 6370 km de profondeur.
Parmi ces couches, la lithosphère correspond à la croûte terrestre ainsi que la partie rigide du manteau supérieur. Elle représente donc l’enveloppe externe de la Terre, formée de roches très dures. L’asthénosphère se compose de la couche malléable du manteau supérieur ainsi que de la totalité du manteau inférieur.
Les mouvements des profondeurs à l’origine des plaques tectoniques
Nous avons donc une couche très rigide et froide (la lithosphère) qui repose sur une couche plus souple (l’asthénosphère). Au sein de cette dernière se forment des mouvements convectifs dus à la différence de température entre l’écorce terrestre et le centre de la Terre. Ce sont ces mouvements convectifs qui sont à l’origine de la fragilisation de la lithosphère et de son morcellement en plusieurs plaques.
Aux frontières de celles-ci, on observe des mouvements ascendants (qui proviennent des profondeurs) faisant apparaître en surface des dorsales océaniques ou des rifts. D’autre part, des mouvements descendants (la croûte terrestre plonge vers le manteau) créent des zones de subduction. Ainsi, les plaques tectoniques se comportent comme de gigantesques tapis roulants, dont les mouvements recyclent à l’infini les sédiments de notre planète.
De la dérive des continents à la tectonique des plaques : une théorie récente
C’est au début du siècle dernier que l’on commence à émettre l’hypothèse d’un possible déplacement des continents. En 1912, Alfred Wegener, météorologiste allemand, formule une première théorie à ce sujet. Suite à de multiples observations cartographiques, et à certains rapprochements entre des espèces communes vivant sur des continents lointains, Wegener suppose que les continents se déplacent, ou plutôt s’éloignent les uns des aux autres. Il nomme sa théorie « la dérive des continents ». Cependant, face au manque d’arguments scientifiques permettant de l’expliquer de manière approfondie, la communauté scientifique s’en détourne.
Au début des années 1960, des expéditions sont lancées pour explorer le plancher océanique. L’observation des dorsales à plus de 2000 m de profondeur ainsi que des phénomènes géologiques qui s’y produisent ont permis l’émergence d’une nouvelle théorie : celle de l’expansion océanique. Proposée par Harry Hess, cette théorie est rapidement appuyée par plusieurs scientifiques américains, suite à l’étude de l’âge des sédiments de part et d’autres des dorsales. On découvre alors que plus on s’éloigne de celles-ci, plus l’âge des sédiments augmente.
Quelques années plus tard, c’est la théorie de la tectonique des plaques qui est largement reconnue par le corps scientifique. On préfère alors cette formulation à celle de la dérive des continents de Wegener, car celle-ci suppose que les continents flottent sur la croûte terrestre, ce qui, nous l’avons vu, est inexacte.
Évolution de la face de la Terre depuis 250 millions d’années
Partant de cette théorie, les scientifiques ont pu remonter les temps géologiques pour comprendre à quoi ressemblait la Terre il y a plusieurs millions d’années. Lorsque notre planète se forma, les plaques tectoniques n’existaient pas encore. On estime qu’il aura fallu un milliard d’années après sa création pour que la lithosphère commence à se fracturer et qu’apparaissent les premières plaques.
Il y a 250 millions d’années, nos sept continents étaient tous regroupés au sein d’un supercontinent appelé la Pangée. Ce supercontinent s’est ensuite morcelé, ce qui aboutit à l’apparition de deux autres continents :
la Laurasie dans l’hémisphère nord, où se regroupent l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord ;
le Gondwana dans l’hémisphère Sud avec l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Inde, l’Australie et l’Antarctique.
La tectonique des plaques se poursuivant, nos continents actuels commencent à prendre forme. L’Amérique du Sud se détache de l’Afrique et l’Amérique du Nord de l’Europe il y a 145 millions d’années. Pendant ce temps, l’Australie et l’Antarctique migrent vers le pôle Sud, tandis que l’Inde se déplace vers le Nord et rentre finalement en collision avec l’Asie il y a 10 millions d’années. C’est d’ailleurs ce mouvement qui aboutit à l’apparition de la chaîne de l’Himalaya, le « toit du monde ».
Toutes les plaques tectoniques se déplacent à des vitesses différentes, atteignant quelquefois deux à trois centimètres par an. En modélisant l’ensemble de ces mouvements, certains scientifiques estiment que les continents pourraient à nouveau former un seul et unique continent, à l’horizon de 100 millions d’années. Une chose est sûre : la face de la Terre n’a pas fini d’évoluer !
Le mouvement des plaques à l’origine des aléas géologiques
À la surface, toute cette agitation n’est pas sans conséquences. En effet, le déplacement des plaques constitue la source des aléas géologiques que nous connaissons bien : les séismes, les tsunamis et les éruptions volcaniques.
Si l’on observe une carte montrant la localisation de ces aléas, on s’aperçoit, sans surprise, qu’ils coïncident presque parfaitement avec les limites des plaques tectoniques. La fameuse « ceinture de feu du Pacifique », zone d’activité géologique intense, suit les marges de la plaque Pacifique.
Les trois principaux mouvements le long des plaques engendrent des phénomènes distincts au niveau de leurs marges. Dans les zones de divergences, soit l’éloignement de deux plaques, on observe le phénomène d’accrétion : du magma en fusion remonte des profondeurs pour recréer de la croûte terrestre. C’est le cas notamment au niveau de la dorsale médio-atlantique où l’on retrouve une activité volcanique associée. Cette activité a notamment fait apparaitre une ile : l’Islande, bien connue pour ses paysages volcaniques époustouflants. Lorsque ce mouvement de divergence se produit au milieu d’un continent, la plaque continentale s’étire et s’effondre peu à peu pour faire naître un nouvel océan. C’est ce qui se passe actuellement en Afrique de l’Est, dans la Vallée du Grand-Rift.
Le mouvement inverse, celui du rapprochement entre les plaques, a pour conséquence deux phénomènes :
La subduction, lorsqu’une plaque océanique plonge sous une plaque continentale. Les zones de subduction sont le théâtre de frictions entre les plaques, ce qui entraîne parfois un relâchement d’énergie que nous ressentons largement en surface : les séismes. La plus grande magnitude sismique jamais enregistrée a été mesurée au Chili en 1960, là où la plaque Nazca plonge sous la plaque sud-américaine. On trouve également une activité volcanique en marge de ces zones, car le magma remonte le long de certaines failles. Sans oublier que les zones de subduction sont le berceau majeur des tsunamis, si ce mouvement de friction a lieu au niveau d’une plaque océanique.
L’orogenèse : lorsque deux plaques continentales entrent en collision, une chaîne de montagne se forme : c’est l’exemple de l’Himalaya qui continue toujours de s’élever, provoquant au passage quelques tremblements de terre.
Enfin, il arrive enfin que les plaques tectoniques entrent en contact selon un mouvement horizontal. On parle alors de coulissage ou de décrochement. Pour autant, ce mouvement ne s’effectue pas sans encombres, mais peut provoquer des séismes très violents même lorsqu’ils sont peu profonds. Le meilleur exemple est celui de la faille de San Andreas en Californie, qui se situe précisément sur une limite de plaque. Très étudiée, elle inquiète beaucoup les sismologues de cette région, qui attendent un séisme d’une magnitude élevée dans les prochaines années.
C’est donc bien le déchaînement des entrailles de la Terre qui provoque les aléas géologiques les plus impressionnants. Lorsque ceux-ci se produisent dans des zones densément peuplées, une catastrophe peut se profiler. Pour l’éviter, mieux vaut connaître leurs mécanismes et s’y préparer car la tectonique des plaques n’est pas prête de s’arrêter.
Les abysses sont l’un des endroits les plus hostiles de notre planète. Et pourtant quelle ne fut pas la stupéfaction des scientifiques qui découvrirent en 1977 sur le plancher océanique des sortes de structures semblables à des termitières : les cheminées hydrothermales ou « fumeurs noirs ». Il s’agit de l’une des découvertes marines et biologiques majeures du XXème siècle.
Des sources chaudes au fond des océans
Les fumeurs noirs sont le fruit de la rencontre de l’eau froide des océans et du magma présent sous la croûte terrestre. Ces structures ont été découvertes pour la première fois dans l’océan Pacifique par 2 630 mètres de fond, à proximité des îles Galapagos, par le submersible américain Alvin.
On sait désormais que les sources hydrothermales sont présentes dans tous les océans du globe, tout particulièrement au niveau des dorsales et des rifts océaniques, c’est-à-dire là où le plancher océanique se fissure et s’écarte pour laisser remonter le magma en fusion.
Les évents hydrothermaux se forment lorsque l’eau s’infiltre dans le plancher océanique par des fissures ouvertes par l’étirement du plancher océanique. Elle pénètre sur plusieurs kilomètres avant d’être expulsée sous forme de panaches de fumées, atteignant parfois 200 mètres de hauteur. Chauffée à plusieurs centaines de degrés, l’eau de mer ne peut pas bouillir à cause de l’immense pression qui règne dans ce milieu extrême.
Certains minéraux présents dans l’eau surchauffée précipitent et forment une croûte minéralisée pouvant atteindre jusqu’à 10 mètres de hauteur. Les évents peuvent grandir de 30 cm par jour et finissent par refroidir au bout de quelques années ou décennies tandis que la nouvelle croûte océanique s’étend de part et d’autre du rift.
Deux types de cheminées hydrothermales ont été identifiées, à savoir les « fumeurs noirs » dont les particules éjectées de zinc, de fer et de cuivre forment des structures de couleur sombre. Les « fumeurs blancs » plus clairs, sont plus froids et se forment à partir de calcium et de silicium.
Les cheminées hydrothermales les plus profondes et les plus chaudes découvertes à ce jour sont situées dans la fosse des Caïmans par 4 960 mètres de fond, dans la mer des Caraïbes, au large de la Jamaïque et des îles Caïmans. Baptisée la zone de Beebe Vent Field, la température peut atteindre les 450°C.
Expédition scientifique sur un site de cheminées hydrothermales ou « fumeurs noirs » Crédit vidéo : NEPTUNE Canada (courtesy of CSSF/ROPOS), NOAA and Florian Graner, produit par Parafilms
Des oasis de vie dépourvues de lumière et d’oxygène
En dépit de l’absence totale de lumière, d’oxygène et des températures extrêmes, les scientifiques ont tout de même découvert que ces structures hydrothermales sont colonisées par une importante vie marine.
On y trouve notamment des espèces inconnues jusqu’alors, comme des vers, des palourdes, des moules, des petits crabes ou encore des crevettes blanches. Toutes ces espèces font partie d’une chaîne alimentaire complexe basée sur des bactéries et des micro-organismes qui se nourrissent et tirent leur énergie de divers éléments chimiques dissous dans les fluides hydrothermaux. Un procédé connu sous le nom de chimiosynthèse.
À ce jour, environ 600 espèces ont été décrites sur la centaine de sites hydrothermaux explorés dans l’océan mondial. On trouve 10 000 à 100 000 fois plus de matière vivante au mètre carré à proximité des cheminées hydrothermales que dans le reste des abysses. Toutefois la biodiversité observée à proximité de la dorsale médio-atlantique diffère légèrement de celle de la dorsale Pacifique.
Les fumeurs noirs : des oasis de vie
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Un lit de moules et de crabes à proximité d'une source hydrothermale de Champagne Vent dans le Pacifique occidental.
Crédit photo : Pacific Ring of Fire 2004 Expedition. NOAA Office of Ocean Exploration; Dr. Bob Embley, NOAA PMEL, Chief Scientist.
"Fumeur blanc" sur le site Champagne Hydrothermal dans l'océan Pacifique oriental, avril 2004. Les cheminées mesurent environ 20 cm de diamètre et 50 cm de hauteur, expulsant des fluides à plus 100°C.
Crédit photo : Pacific Ring of Fire 2004 Expedition. NOAA Office of Ocean Exploration; Dr. Bob Embley, NOAA PMEL, Chief Scientist.
Ce "fumeur noir" est situé au niveau de la dorsale Juan de Fuca dans l'océan Pacifique. La cheminée est recouverte de vers tubicoles géants capables de survivre dans des conditions de températures élevées et sans lumière. Crédit photo : NOAA
Les fumeurs noirs pourraient être le berceau de la vie sur Terre. Dépourvus de lumière et d’oxygène, les organismes vivants synthétisent des composés chimiques présents dans les fluides hydrothermaux.
Les moules et les crevettes aveugles de la dorsale Pacifique renferment des bactéries qui se nourrissent elles-mêmes de composés d’hydrogène sulfuré présents dans les fluides hydrothermaux.
Certains vers des fumeurs noirs du Pacifique – comme le ver tubicole géant qui peut atteindre jusqu’à 2 mètres de long – ont la capacité de produire de l’hémoglobine qui leur permet de respirer et de fixer les sulfures. Des composés chimiques mortels pour la plupart des organismes vivants. Le sulfure de fer permet notamment de convertir l’hydrogène et le dioxyde de carbone présents dans l’eau en molécules organiques.
Le « ver de Pompéi » – découvert par des scientifiques français à proximité de la dorsale du Pacifique oriental – est capable de construire un tube calcifié dans lequel il se réfugie pour se protéger de la chaleur extrême. La température au fond du tube atteint tout de même les 80°C, ce qui fait du « ver de Pompéi » l’animal extrémophile le plus résistant à la chaleur.
Les biologistes ont émis l’hypothèse que ces formes de vie extrémophiles pourraient être similaires aux premières formes de vie apparues sur la Terre primitive. Les mares de boue et les sources hydrothermales terrestres, situées à proximité des zones volcaniques, sont aussi de potentielles candidates à l’origine de l’éclosion de la vie. Le secret de la vie sur Terre reste encore à élucider.
La découverte et l’étude des fumeurs noirs ont prouvé que la vie pouvait évoluer au sein d’écosystèmes extrêmes et complexes. Les océanographes estiment qu’à ce jour moins de 7% de l’océan mondial a été exploré. Alors que 12 personnes ont marché sur la Lune, seulement trois ont atteint le point le plus profond des océans : Challenger Deep situé à 10 994 mètres de profondeur dans la fosse des Mariannes au fond de l’océan Pacifique. La conquête des fonds marins ne fait que commencer !
Après les violentes intempéries et inondations du 03 octobre 2020 en Méditerranée, dont le bilan humain reste toujours incertain, plusieurs interrogations se posent sur la fréquence et l’intensité de ces catastrophes naturelles dans le bassin méditerranéen. Une zone particulièrement vulnérable aux inondations. Chaque année, à l’automne, le sud de la France est régulièrement touché par des « épisodes méditerranéens » meurtriers et destructeurs. Selon le Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC), en charge d’étudier les effets du réchauffement climatique planétaire, ces événements météorologiques extrêmes pourraient devenir plus fréquents ou plus intenses le long de l’arc méditerranéen, en raison du réchauffement de l’atmosphère et de la mer Méditerranée. D’autres facteurs aggravants expliquent la vulnérabilité de cette région. Pourquoi les intempéries sont si dévastatrices et meurtrières dans le bassin méditerranéen ? Pourquoi la région est aussi vulnérable aux inondations ? Comment vont évoluer les « épisodes méditerranéens » dans le contexte du réchauffement climatique ? Éléments de réponses en 3 questions.
Qu’est-ce qu’un « épisode méditerranéen » ?
Le 03 octobre 2020, les villages de l’arrière-pays niçois et le nord de l’Italie ont connu des pluies torrentielles intenses, entrainant des inondations meurtrières et particulièrement dévastatrices. Un phénomène météorologique connu sous le nom d’ « épisode méditerranéen ».
Chaque année, à la fin de l’été, la rencontre de masses d’air chaud et humide – issues de l’évaporation de la Méditerranée – entre en conflit avec l’air froid de l’arrière-pays méditerranéen, ce qui crée une instabilité atmosphérique. Ces conflits de masses d’air provoquent souvent de violents orages, accompagnés de pluies diluviennes qui se déversent sur les reliefs. Des orages souvent stationnaires : il pleut au même endroit pendant plusieurs heures. On parle d’« épisode méditerranéen » à proprement parler quand les pluies sont supérieures à 150 millimètres sur 24 heures.
Le niveau des cours d’eau monte rapidement et des « crues éclairs » dévalent les bassins versants provoquant des inondations dévastatrices. Météo-France vous explique plus précisément la formation et la particularité des épisodes méditerranéens en vidéo. Retrouvez les épisodes méditerranéens les plus violents et les inondations les plus meurtrières en Méditerranée dans cet article de Météo-France.
Les épisodes méditerranéens : explications Crédit vidéo : Météo-France
La tempête Alex, classée comme l’une des plus fortes qu’ait connu la France, est à l’origine de l’épisode méditerranéen extrême du 02 octobre 2020 dans le sud-est de la France. Par exemple, il est tombé 500,2 mm de pluie en 24 heures sur le secteur de Saint-Martin-Vésubie dans les Alpes-Maritimes, le département le plus impacté. L’un des records dans les archives météorologiques. « Ce sont des intensités de pluie qui ne se produisent normalement qu’une fois par siècle. […] Si l’on remonte dans l’histoire, nous avons déjà enregistré deux épisodes avec plus de 500 mm : 687 mm à Anduze (Gard) en 2002, entraînant 22 morts, et 622 mm à Lézignan (Aude), en 1999, avec 35 victimes. » précise Véronique Ducrocq, météorologue à Météo-France.
Les épisodes méditerranéens sont-ils plus fréquents et intenses en raison du réchauffement climatique ?
Une intensification des pluies extrêmes
L’étude des événements météorologiques historiques permet de conclure que les régions méditerranéennes ont connu une intensification des fortes précipitations d’environ 20% en plus de 50 ans (période comprise entre 1961 et 2015), particulièrement dans les Cévennes (épisodes dits de type « cévenols ») où les cumuls d’eau sont les plus importants, argumente Météo-France. La fréquence d’épisodes méditerranéensintenses – plus de 200 millimètres d’eau en 24 heures – a été multipliée par plus de deux sur cette même période.
Des épisodes méditerranéens encore plus intenses à l’avenir
Les études scientifiques de ces dernières années et leurs modèles climatiques régionaux s’accordent à dire que les pluies extrêmes devraient être significativement plus intenses dans le bassin méditerranéen en raison du réchauffement climatique. « Dans le sud de la France – notamment dans le bassin du Rhône […] l’augmentation du volume de ces pluies intenses pourrait dépasser 20% à l’horizon 2100 » conclue Yves Tremblay, hydrologue à l’IRD, dans son article publié en 2018, dans la revue spécialisée Climatic Change.
Et pour cause, sous l’effet de la hausse de la température de l’air et du réchauffement de la mer Méditerranée, l’atmosphère peut contenir plus de vapeur d’eau, qui se condense et produit parfois des pluies diluviennes. Tandis que l’hiver 2019-2020 a été le plus chaud mesuré depuis le début des relevés, la température de l’air au niveau planétaire pourrait augmenter de plus de 5°C d’ici la fin du siècle, dans le pire des scenarios du GIEC, et le bassin méditerranéen sera sûrement la région la plus impactée par la réchauffement climatique. Les inondations associées à ces pluies diluviennes seront plus que jamais dévastatrices. Yves Tremblay enfonce le clou « Ces précipitations extrêmes pourraient induire des inondations plus graves et ainsi occasionner d’importants dégâts humains et économiques. »
Les projections climatiques en Méditerranée semblent confirmer une intensification des précipitations intenses sur la partie nord du bassin méditerranéen.
Les prévisionnistes restent pourtant prudents et tempèrent. Tandis que les jours de précipitations devraient devenir moins nombreux, les jours de pluies seront quant à eux plus intenses. Autrement dit, les épisodes méditerranéens ne seront pas nécessairement plus fréquents mais devraient être plus intenses. « Nous verrons des phénomènes très brutaux mais plus rares. » tempère Magali Reghezza-Zitt, géographe spécialisée dans la gestion des risques à l’École normale supérieure (ENS).
Pourquoi la région méditerranéenne est particulièrement vulnérable aux inondations ?
Un arrière-pays au relief encaissé
Le relief de l’arrière-pays méditerranéen est l’un des facteurs aggravants de la vulnérabilité de la population. En effet, le paysage méditerranéen est caractérisé par de petits vallées encaissées avec des pentes abruptes débouchant sur la plaine littorale. A la suite de fortes précipitations, les petits cours d’eau montent rapidement et se transforment en torrents dévastateurs. Le relief est en effet capable d’accélérer et concentrer les flots. Le « pic de crue », c’est-à-dire la hauteur d’eau maximale, est d’autant plus élevé et rapide que les cours d’eau sont encaissés et les précipitations intenses et durables. Les inondations du 03 octobre 2020 dans la vallée de la Vésubie, de la Tinée et de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, l’ont tragiquement rappelé.
Une forte densité de population située en zone inondable
La région méditerranéenne doit également faire face à une vulnérabilité exacerbée par le densité de population. Sur les littoraux, la densité de population est beaucoup plus importante que dans le reste du pays. Elle amplifie les conséquences humaines des inondations. Dans une étude de 2016, l’INSEE précise que les habitants de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, sont particulièrement vulnérables aux inondations compte tenu de la forte densité de population et de l’importance des zones inondables. Tandis que la région héberge 20% de la population française, les zones inondables représentent 10% de la superficie régionale. La carte suivante montre que les zones densément peuplées sont souvent les zones qui sont les plus inondées.
Superposition des zones inondables avec la densité de population en 2016 pour la région Provence-Alpes-Côte -d’Azur. Source : Insee, Fidéli 2016 ; Dreal, AZI 2010 et périmètre de la crue du Rhône de 2003
L’étude de l’INSEE apporte des précisions : « Parmi eux, 42 000 sont soumis à un niveau de risque élevé : plus d’une « chance » sur deux d’être touché en quarante ans. ». Avec 30% de la population vivant en zone inondable, les départements des Alpes-Maritimes et du Vaucluse sont les plus vulnérables de la région. Dans la ville de Nice, par exemple, 54% des habitants sont situés en zone inondable, soit plus de 200 000 personnes. Les touristes n’en sont pas moins vulnérables : en 2017, 111 000 d’entre eux pouvaient être accueillis dans des zones plus ou moins inondables, tout particulièrement dans les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes.
Une pression urbaine et touristique
La pression touristique des zones côtières accroît également la vulnérabilité de ces territoires. Elle a contribué à urbaniser massivement le littoral méditerranéen mais aussi l’arrière-pays. En effet, l’urbanisation imperméabilise les sols et empêche l’eau de s’infiltrer. L’eau ruisselle donc sur les terrains artificialisés et les inondations provoquent des dégâts plus importants. Un phénomène connu sous le nom de « ruissellement urbain ». Quand bien même les zones ne sont pas urbanisées, la sécheresse qui sévit régulièrement dans la région ralentit également l’absorption de l’eau.
La catastrophe de Trèbes dans l’Aude en 2018, qui a provoqué la mort de 14 personnes, celle de l’arrière-pays niçois en octobre 2020, ont clairement mis en évidence les problématiques d’aménagement du territoire de l’arc méditerranéen. Le relief et la météorologie spécifiques de ces territoires en font une zone propice aux précipitations et aux inondations induites. D’autres facteurs aggravants comme le ruissellement urbain, la forte densité de population et l’urbanisation des zones inondables augmentent l’exposition des populations les rendant particulièrement vulnérables. Dans le sud-est de la France, la hausse des températures de l’air et de la mer Méditerranée, la sécheresse qui s’installe durablement dans le cadre du réchauffement climatique, devraient amplifier l’intensité des épisodes méditerranéens.
Depuis plusieurs semaines, les États-Unis sont en proie à des incendies d’une étendue et d’une intensité records. Des incendies plus intenses encore que ceux survenus en 2018 et qui firent une centaine de victimes.
La combinaison de températures extrêmes, de vents et d’orages violents, ainsi qu’une grave sécheresse sont à l’origine de ces incendies qui ont déjà ravagé 2 millions d’hectares depuis le début de l’été. Les incendies embrasent l’ensemble de la façade Ouest des États-Unis depuis la frontière avec le Canada jusqu’à l’extrême sud de la Californie.
Alors que les dégâts sont considérables, des milliers d’évacuations sont toujours en cours. Tandis que les secours sont débordés, les fumées affectent la qualité de l’air dans les grandes mégalopoles comme San Francisco ou Portland, mettant en danger la santé de la population. Ces incendies inédits dans l’histoire des États-Unis ont déjà provoqué la mort d’une trentaine de personnes. Les autorités redoutent de nouvelles victimes alors que de nombreux foyers d’incendies ne sont toujours pas circonscrits.
Un mur de fumée sur la façade ouest des États-Unis
Les satellites de la NASA ont collecté des images montrant de vastes panaches de fumées soufflant dans tout l’Ouest des États-Unis, depuis l’Etat de Washington au nord, à la Californie au sud, en passant par l’Etat de l’Oregon, comme en témoigne l’image satellite suivante. L’épaisse fumée, portée par les vents d’Est, s’est répandue au-dessus de l’océan Pacifique.
Fumées issues des fronts d’incendies le long de la façade de l’Ouest américain et au-dessus du Pacifique. Crédit photo : NASA Earth Observatory image by Lauren Dauphin, using MODIS data from NASA EOSDIS/LANCE and GIBS/Worldview. Caption by Adam Voiland.
En cette période de l’année, dans la région, se forment les vents chauds et secs de « Santa Ana » suite à la rencontre de masses d’air présentes dans le Grand Bassin (Nevada) et de petites zones dépressionnaires situées à proximité du littoral. Des conditions favorables à la propagation des feux de forêt dans cette région, qui sont particulièrement étendus et intenses cette saison. Les rafales de vents ont également été renforcées par un puissant front froid présent au-dessus du centre des États-Unis.
Les incendies ont atteint des régions rarement touchées d’habitude, comme l’Etat de Washington, où la végétation est dense, constituant un « nouveau carburant » pour les flammes. La saison des feux s’étend habituellement jusqu’en novembre où les vents d’est sont réputés plus intenses. Ce qui laisse penser que de nouveaux incendies vont, sans nul doute, se déclarer.
La façade Ouest des Etats-Unis fait face aux pires incendies de son histoire.
Prises dans la circulation atmosphérique de l’hémisphère nord, ces fumées ont voyagé jusqu’en Europe, provoquant le 11 septembre 2020 un voile blanchâtre dans le ciel sur une bonne partie nord de la France, comme en témoigne la modélisation ci-dessous et les images satellites de la NASA.
Modélisation de la répartition des fumées des incendies de l’Ouest des États-Unis atteignant l’Europe. Modélisation de la NOAA
La Californie enregistre son incendie le plus étendu de son histoire
Surnommé « August Complex Fire », l’incendie le plus étendu de l’histoire de l’Etat ravage le nord-ouest de la Californie depuis la mi-août. Cet incendie, formé par l’assemblage de 37 feux, a déjà consumé plus de 10 000 kilomètres carrés de végétation, soit l’équivalent du département de la Gironde. Un record depuis le début des relevés en 1987. Cette année, la Californie enregistre même 6 des 20 incendies les plus puissants et dévastateurs de son histoire. L’intensité des incendies est aggravée par des températures de l’air extrêmement élevées. Près de 50°C (49,4°C) ont été enregistrés, le dimanche 06 septembre, à Woodland Hills, un quartier de Los Angeles. Il s’agit d’ailleurs de la température la plus élevée jamais enregistrée dans la mégalopole californienne, selon le Service Météorologique National.
Le 7 septembre 2020, l’incendie de « Creek » a projeté de la fumée à 17 kilomètres dans les airs, atteignant la stratosphère. Les émanations de gaz carbonique émises par l’incendie ont été enregistrées par le satellite CALIPSO de la NASA et du CNES. Selon les estimations des scientifiques, 2020 est l’année la plus émettrice d’émissions de dioxyde de carbone provenant des incendies de Californie, depuis le début des relevés en 1997.
Alors que l’incendie« Bobcat Fire », à proximité de Los Angeles, est toujours hors de contrôle, San Francisco a été plongée le 09 septembre, en plein jour, sous une épaisse fumée orange donnant à la mégalopole une allure fantomatique.
Ciel apocalyptique à San Francisco le 9 septembre 2020, en plein jour, en raison des incendies. Images prises par drone. Crédit vidéo : Radio-Canada Info, Kent Kessinger
Les incendies dans l’Etat de l’Oregon menacent 500 000 personnes
Dans l’Etat de l’Oregon, les incendies ont déjà ravagé plus de 400 000 hectares détruisant de nombreuses localités. La gouverneure de l’Oregon précise « A titre de comparaison, ces 10 dernières années, environ 200 000 hectares on brûlé en moyenne chaque année. »
L’Etat est concerné par des ordres d’évacuation. Quelque 40 000 personnes ont déjà été évacuées alors que de nombreuses autres sont portées disparues. Dans l’ensemble de l’Etat, 500 000 personnes ont été invitées à quitter leur foyer, soit un résident sur dix. Un couvre-feu a même été décrété pour faciliter le travail des secouristes et l’évacuation de la population. Les fumées des incendies ont envahi la ville de Portland, la ville la plus importante de l’Etat, rendant l’air irrespirable.
Des incendies en raison du réchauffement climatique ?
Les sécheresses a répétition ces dernières années, des saisons hivernales plus chaudes, et un été de très fortes chaleurs, accompagnées de nombreux « orages secs », tout particulièrement en Californie, ont fragilisé la végétation, la soumettant à un important stress hydrique, c’est-à-dire un manque d’eau. Les arbres plus secs s’embrasent plus vite et les départs de feux sont plus fréquents.
Chaque année dans le monde, les surfaces boisées brûlées augmentent considérablement. Leur multiplication est facilitée, en partie, par le réchauffement climatique qui assèche les sols et la végétation dans certaines régions et diminue les précipitations dans d’autres. Comme le précise Météo-France la fréquence des incendies pourrait augmenter sur près de 40% du territoire mondial pour la période comprise entre 2010 et 2039, dans le cadre d’un réchauffement d’environ 1,2°C. « Le changement climatique augmente la sévérité et le nombre de feux » précise David Salas, chercheur à Météo-France.
Les incendies qui surviennent actuellement dans l’ouest américain, ceux qui se multiplient chaque année dans le bassin Amazonien en raison de la déforestation ou encore les feux de forêts meurtriers survenus en Australie pendant la saison 2019-2020 entraînant un désastre écologique, semblent confirmer que les incendies deviennent plus fréquents, intenses et dévastateurs qu’auparavant.
Ces reliefs aux formes ondulées et plis multicolores s’apparentent à un tableau de maitre. Au cœur de la Chine continentale, les montagnes multicolores deZhangye Danxia jouent les artistes en offrant aux yeux des visiteurs un spectacle naturel unique. Le parc géologique national de Zhangye Danxia est réputé pour ses formations de roches sédimentaires exceptionnelles (les « Danxia ») qui rappellent une mer de feu avec ses vagues déferlantes multicolores. Zhangye étant le nom de la ville située à proximité du parc. Ces terres bariolées uniques au monde sont surnommées les « montagnes arc-en-ciel ».
Un passé géologique tourmenté
Derrière ce paysage coloré se cache un phénomène géologique unique. Il y a 80 millions d’années, la zone était occupée par des lacs dans lesquels se sont accumulés des sédiments, créant de nombreuses couches de grès.
Les mouvements tectoniques qui se sont produits il y a environ 20 millions d’années ont bouleversé la structure. La région fut alors soulevée et les strates sédimentaires basculèrent en raison des contraintes causées par la rencontre entre les plaques indienne et eurasienne. Ce sont alors formés ce que les géologues nomment des plis monoclinaux, des reliefs courbés dus aux déformations des roches.
Les montagnes multicolores de Zhangye Danxia
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Les montagnes "arc-en-ciel" de Zhangye Danxia sont le résultat d'un phénomène géologique qui s'est déroulé sur des millions d'années. Crédit photo : Photo by hanwong01 on Foter.com / CC BY-NC
Les montagnes colorées de Zhangye Danxia en Chine rappellent des vagues déferlantes. Le site est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2010 et accueille chaque année plus d'un million de touristes. Crédit photo : Photo by lwtt93 on Foter.com / CC BY
Les montagnes « arc-en-ciel » de Zhangye Danxia font penser à l’œuvre d’un peintre avec ses formes ondulées et plis multicolores.
Par la suite, l’érosion, par le vent et la pluie, a permis de sculpter ces pics et de révéler leurs couleurs si particulières. Les compositions minéralogiques particulières de ces couches rocheuses sont en partie responsables de la gamme de couleurs que l’on peut observer sur le site.
Un kaléidoscope de couleurs
Les montagnes Zhangye Danxia présentent une palette de couleur qui ravit les photographes. Les teintes rouges sont les plus fréquentes, mais on trouve également des nuances d’orange, de jaune, de bleu clair et de vert.
Les strates rocheuses des montagne de Zangye Danxia sont principalement rougeâtres. Cette couleur est due à la présence d’un oxyde fer (les hématites). Crédit photo : Photo by lwtt93 on Foter.com / CC BY
La couleur rouge est due à la présence d’oxydes de fer (les hématites) qui sont venus s’intercaler entre les sédiments à cause du ruissellement des eaux de pluie. Les autres couleurs sont causées par la présence d’autres pigments d’origine minérale. Les teintes évoluent au fil de la journée, du temps et des saisons pour le plus grand plaisir des yeux ! Sans surprise, ce site naturel insolite est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2010 et accueille chaque année plus d’un million de touristes.
L’année 2020 est décidément spéciale pour de nombreuses raisons. Elle l’est tout autant sur le plan météo, avec des températures nettement supérieures aux moyennes de saison, et un temps plutôt agréable et ensoleillé en ce début de printemps. Difficile de ne pas s’en apercevoir, surtout en étant confinés sans pouvoir vraiment profiter de ce beau temps. Comment expliquer ces tendances ? Doit-on s’attendre à un été très chaud, voire caniculaire ? Le réchauffement climatique y est-il pour quelque chose ? Dans cet article, nous vous proposons un point complet sur l’actualité météorologique.
Un début d’année marqué par des températures particulièrement douces
Il s’agit d’une année qui cumule des records, notamment au niveau des températures. Dernièrement, c’est le mois d’avril 2020 qui se hisse au palmarès « des mois les plus chauds depuis 1900 » selon les relevés de Météo France. Les températures ont été globalement de 3 à 5°C plus élevées que les moyennes de saison et cette douceur a été particulièrement ressentie sur la moitié nord du pays, où s’est installé un anticyclone persistant. La carte ci-dessous, réalisée par Météo France, illustre ces écarts à la moyenne mensuelle par rapport à la période de référence (1981-2010).
Les écarts de température par rapport à la moyenne climatique de référence (1981-2010) pour le mois d’avril 2020. Source : Météo France
On observe alors que quasiment toutes les régions françaises sont concernées par cette hausse des températures par rapport aux moyennes de saison (calculées sur 30 ans, de 1981 à 2010). Pour la Bretagne, par exemple, cet écart fut compris entre 3 et 4°C.
Mais il semblerait que cette douceur soit déjà ancrée depuis un certain temps. En effet, Météo France estime que l’hiver 2019-2020 (soit les mois de décembre 2019, janvier 2020 et février 2020 correspondant à « l’hiver météorologique ») fut le plus chaud mesuré en France depuis le début du 20e siècle.
Les écarts de température par rapport à la moyenne climatique de référence (1981-2010) pour la période 1er janvier – 23 avril 2020. Source : Météo France
L’hiver 2020 est le plus chaud mesuré en France depuis 1900 (MÉTÉO FRANCE).
Sur cette deuxième carte, on peut voir que c’est surtout le quart nord-est de la France (soit la partie la plus continentale) qui est le plus impacté par ces écarts de températures par rapport aux moyennes de saison.
Et le phénomène ne concerne pas que la France : de nombreux pays ont relevé des écarts de température importants par rapport aux moyennes de saison. La carte ci-dessous, produite par la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) montre que ces écarts ont été particulièrement importants au-dessus de l’Arctique, de la Russie et d’une partie des États-Unis pour le mois de mars 2020.
Les anomalies de température à l’échelle mondiale par rapport à la moyenne climatique de référence (1981 – 2010) pour le mois de mars 2020 – Source : NOAA
Comment expliquer cette relative douceur des températures ?
La stabilité du vortex polaire depuis le début de l’hiver
La nature aurait-elle décidé de nous narguer gentiment en période de confinement ? Cela d’autant plus que la météo du déconfinement prend des allures de douche froide… C’est tentant de le penser, mais l’explication est bien sûr avant tout scientifique.
D’après Météo France, la cause principale de cette douceur climatique réside dans la stabilité du vortex polaire. Le vortex polaire est une puissante dépression située au-dessus de l’Arctique, engendrant un creusement intense de la pression atmosphérique, et par conséquent, l’installation de puissants courants atmosphériques au-dessus de l’hémisphère Nord. Ces puissants courants, aussi appelés « courants-jets », circulent d’est en ouest et poussent alors les perturbations au-dessus du nord de l’Europe. Alimentées par l’air océanique et la douceur du Gulf Stream, et bloquées plus au sud par les anticyclones des Açores et du sud de l’Europe, ces perturbations apportent des températures douces, et parfois aussi quelques tempêtes (telles que la tempête Fabien fin décembre ou la tempête Dennis à la mi-février). Le front d’air froid, quant à lui, reste bloqué au niveau du cercle polaire.
Pour plus de compréhension, rien de tel qu’un petit schéma illustrant toutes ces explications un peu techniques.
Le fonctionnement du vortex polaire. À gauche : la stabilité du vortex polaire entraine la formation d’un puissant jet stream et le blocage des masses d’air polaires (situation similaire à l’hiver 2020). À droite : un vortex polaire instable entraine l’affaiblissement des courants-jets et la pénétration des masses d’air froides à des latitudes plus basses. Source : NOAA
Deux indices pour mesurer ce phénomène : l’oscillation nord-atlantique et l’oscillation arctique
Le vortex polaire est resté relativement stable depuis le début de l’hiver météorologique, avec toutefois quelques « percées » du front froid, engendrant des épisodes de temps hivernal comme ce fut le cas à la fin du mois de mars. Pour mesurer la teneur de ce phénomène, les climatologues utilisent deux indices : l’oscillation nord-atlantique (NAO) et l’oscillation arctique (AO) :
L’oscillation nord-atlantique se calcule par la différence de pression atmosphérique entre les dépressions de l’Atlantique Nord (Islande) et les anticyclones de l’Atlantique Sud (au-dessus des Açores). Si cet indice s’avère positif, cela signifie que la différence de pression est élevée (renforcement du vortex polaire) et que l’on peut s’attendre à des températures plutôt douces sur l’Europe, entrecoupées de perturbations et de tempêtes.
L’oscillation arctique indique l’intensité des basses pressions au-dessus de l’Arctique. Lorsqu’il est positif, le vortex polaire est alors particulièrement marqué, ce qui signifie que l’air froid reste bloqué au niveau du cercle polaire.
Météo France indique d’ailleurs qu’en février dernier, l’indice d’oscillation arctique aurait atteint un nouveau record, avec « un écart de pression six fois plus important que la moyenne » entre les basses pressions de la zone Arctique et hautes pressions de l’Atlantique Sud. Un tel écart n’aurait pas été mesuré depuis 1950.
Les écarts de pressions atmosphériques entre la région Arctique (où se situent les basses pressions, symbolisées par le « B ») et les latitudes tempérées (où se situent les hautes pressions, symbolisées par le « H »), mesurés en février 2020. Source : Météo France
Prévision météo pour les mois à venir : vers un été 2020 chaud et orageux
Les modèles de Météo France mettent en évidence un scénario d’un été 2020 plus chaud que la moyenne, avec des tendances orageuses, en particulier pour le mois de juin. Cela s’expliquerait par la persistance d’une grande différence de pression atmosphérique entre les dépressions situées au-dessus de l’Atlantique Nord (vers l’Islande) et l’anticyclone des Açores. Cette différence de pression sera propice au développement de perturbations orageuses, surtout pour la partie Sud de l’Europe : péninsule ibérique, sud de la France et régions méditerranéennes.
En revanche, la présence d’anticyclones sur le nord de l’Europe et au-dessus de la Scandinavie garantira un maintien des températures plus élevées que la moyenne. Le temps sera donc plutôt chaud et sec pour la partie nord et continentale de l’Europe.
Peut-on faire un lien avec le réchauffement climatique ?
La stabilité du vortex polaire et l’oscillation nord-atlantique sont des phénomènes connus des météorologues et des climatologues. En revanche, les raisons de leur occurrence sur une année plutôt qu’une autre gardent leur part de mystère. Si le comportement du vortex polaire et les oscillations atmosphériques ne sont pas forcément influencés par le réchauffement climatique, l’augmentation du nombre d’épisodes hivernaux remarquablement doux ces dernières années tend à laisser moins de place au doute. Certains scientifiques pencheraient déjà pour cette hypothèse.
Pour le météorologue Tom Di Liberto, rattaché à la NOAA, cela relève d’une évidence. Il conclut son article sur le bilan du mois de mars 2020 en affirmant : « Comme le mois de février, le mois de mars 2020 tend à montrer qu’il s’agira d’une année bien plus chaude que la moyenne, en partie à cause des activités humaines responsables du changement climatique. »
Le graphique ci-dessous montre que l’hiver 2020 est bien le plus chaud mesuré depuis 1900, à l’échelle de l’Europe :
Les anomalies de températures en Europe mesurées pour les premiers mois de l’année (janvier, février, mars) depuis 1900 jusqu’à 2020. L’année 2020 semble battre ce record. Source : NOAA
Quant aux scientifiques de Météo France, ils constatent une augmentation très nette du nombre de mois chauds au cours de ces dernières années, comme le montre le graphique ci-dessous. Pour les années 2018 et 2019, le nombre de mois plus chauds que les moyennes saisonnières de référence fut de 10 sur les 12 mois de l’année. Une tendance qui commence donc à perdurer sérieusement.
Le nombre de mois chauds par année en constante augmentation depuis 1900. Source : Météo France
CE QU’IL FAUT RETENIR :
Depuis le début de l’année 2020, une douceur persistante des températures s’est installée sur la France et l’Europe. Météo France estime que cet hiver fut le plus chaud mesuré depuis 1900. De nombreux pays de l’hémisphère Nord sont également concernés par ce phénomène.
Cette douceur hivernale s’explique principalement par l’exceptionnelle stabilité du vortex polaire depuis le début de l’hiver météorologique, piégeant les masses d’air froides au niveau des hautes latitudes.
Quand bien même il peut être difficile d’effectuer un parallèle direct avec le réchauffement climatique, cette hypothèse reste largement privilégiée par plusieurs météorologues dans le monde.
La nature souffre. La biodiversité est en crise à l’échelle mondiale. La communauté scientifique dresse un constat alarmant : en 40 ans, les populations d’animaux sauvages sur notre planète ont chuté de 60% ! Selon les scientifiques nous connaissons les débuts de la « 6ème grande extinction » massive des espèces sur Terre. Le célèbre astrophysicien et défenseur de la nature, Hubert Reeves tire la sonnette d’alarme « Nous sommes en train de vivre un anéantissement biologique ». De la forêt amazonienne, aux déserts en passant par les zones tempérées, tous les écosystèmes, de tous les continents sont impactés. Les espèces animales et végétales disparaissent à un rythme inégalé depuis la disparition des dinosaures, il y a 66 millions d’années.
Une extinction accélérée qui n’a plus rien de naturelle. Cette chute inédite de la biodiversité est directement liée à nos activités qui détruisent et fragmentent les milieux naturels. La biodiversité est pourtant essentielle pour le fonctionnement des écosystèmes. Une crise de la biodiversité qui menace ainsi la survie de l’Humanité, puisque celle-ci nous rend de nombreux services, indispensables au fonctionnement et au maintien de nos sociétés contemporaines. Cette extinction de masse des espèces pourrait s’aggraver dans les décennies à venir, si nous poursuivons sur la voie d’une croissance démesurée. Pour enrayer cette érosion de la biodiversité, la protection de sites clés contribuant significativement à la persistance de la biodiversité devra se renforcer dans le cadre d’une gouvernance mondiale ambitieuse de préservation de la nature et de la précieuse vie qu’elle héberge. Un challenge de notre époque.
UN « ANÉANTISSEMENT BIOLOGIQUE » SANS PRÉCÉDENT
A ce jour environ 1,7 millions d’espèces ont été décrites dans le monde, et l’on estime à 8 millions le nombre d’espèces présentes sur notre planète. Des espèces qui n’ont, pour l’essentiel, pas encore été découvertes. Principalement dans les forêts tropicales qui réunissent à elles seules 90% du vivant de notre planète, comme le montre la carte.1. Les couleurs rouges et jaunes indiquant les terres émergées riches en espèces animales, couvrant une grande partie de la zone intertropicale, à savoir le bassin amazonien, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du sud-est. Chaque année, environ 16 000 nouvelles espèces sont découvertes par les scientifiques, principalement dans ces zones riches en vie. Ainsi, à l’heure où nous écrivons ces lignes, si l’on devait estimer théoriquement le nombre de nouvelles d’espèces découvertes par les scientifiques depuis le début de l’année 2019, nous en comptons plus de 1 300.
Carte.1 : Cartographie de la répartition géographique de la biodiversité sur notre planète. Les couleurs rouges et jaunes indiquent les terres émergées riches en espèces animales, couvrant une grande partie de la zone intertropicale, à savoir le bassin amazonien, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du sud-est. Les couleurs bleues symbolisent des zones moins riches en biodiversité, comme les déserts et les hautes latitudes. Source : carte créée par le Dr. Clinton Jenkins pour SavingSpecies/Globaia, 2012
Notre planète a connu 5 extinctions massives des espèces depuis l’apparition de la vie, il y a entre 3,8 milliards et 3,5 milliards d’années. La dernière, connue sous le nom de la crise du « Crétacé-Tertiaire » remonte à 66 millions d’années et correspond à la disparition des dinosaures. Seuls les dinosaures théropodes ont survécu et sont les ancêtres de nos oiseaux actuels. La crise « Permien-Trias » qui a eu lieu il y a 252 millions d’années a vu disparaître environ 95% des espèces. Il s’agit jusqu’à présent de la plus grande crise de la biodiversité qu’ait connue notre planète.
Les rapports des scientifiques se succèdent au fil des années et dressent le même constat alarmant : la biodiversité connaît un déclin massif sur notre planète. « La science le démontre : la biodiversité est en crise à l’échelle mondiale », a déclaré, le directeur général du Fonds mondial pour la nature ou WWF, Marco Lambertini.
Une érosion de la biodiversité inédite, car cette crise que les scientifiques considèrent désormais comme la 6ème grande extinction de notre planète, n’est pas conforme aux mécanismes naturels d’extinction des espèces. En effet, la vitesse de disparition des espèces atteint aujourd’hui des records. Sur la base des travaux de Gerardo Ceballos (Université nationale autonome du Mexique), de Paul Ehrlich et de Rodolfo Dirzo (Université de Sanford, Californie), publiés en juin 2015 dans la revue scientifique Sciences Advances, les populations d’animaux n’ont jamais décliné à un rythme aussi rapide depuis le début de la Révolution Industrielle. Depuis 1 900, le rythme de perte de biodiversité est 100 à 1 000 fois supérieur que le taux naturel d’extinction des espèces, calculé au cours des temps géologiques. Au cours des 100 dernières années, ce sont environ 200 vertébrés qui ont disparu sur Terre.
En utilisant la base de données de la liste rouge l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature ou UICN, qui recense les espèces menacées d’extinction sur tous les continents, à différents degrés d’urgence, les scientifiques ont étudié 27 600 espèces de vertébrés au niveau mondial. Ils concluent que 32% des espèces connaissent un diminution de leur effectif. Toujours selon l’organisme intergouvernemental, ces derniers 500 ans, 820 espèces à l’état sauvage ont disparu. L’étude plus approfondie de 177 espèces de mammifères a montré que quasiment toutes ont perdu au moins 30% de leur aire de répartition géographique. 40% de ces espèces ont même perdu plus de 80% de leurs territoires historiques, entre 1 900 et 2015.
Les effectifs des vertébrés, pour la plupart des espèces communes, reculent donc à la fois en nombre, mais également en terme de répartition géographique. Ces zones où les taux d’érosion de la biodiversité sont les plus importants sont identifiés en rouge et jaune sur la carte.2. Tous les pays, de tous les continents, voient leur biodiversité chuter. Les zones les plus impactées se situent au niveau des zones tropicales puisque ce sont les écosystèmes terrestres les plus riches en faune. Dans la zone intertropicale, les populations de vertébrés ont chuté de 89%. Sans surprise, les espèces animales les plus touchées sont situées dans le bassin amazonien. En Afrique, le bassin du Congo subit la plus grande érosion du vivant. A titre d’exemple, le nombre de lions a chuté de 43% en l’espace de 20 ans. Aujourd’hui, environ 20 000 à l’état sauvage, ils pourraient totalement disparaître d’ici 2050. En Asie centrale et du sud-est, près de 42 % des animaux terrestres et des plantes ont disparu ces 10 dernières années. Dans les zones polaires, les déclins se situent entre 23 et 31% selon les espèces.
Carte.2 : Un grand nombre d’espèces animales risquent l’extinction en Asie du Sud-Est, dans le bassin du Congo, en Amazonie et dans les Andes septentrionales, comme le montre cette carte d’extinction des mammifères, des amphibiens et des oiseaux. Les animaux sont également confrontés, dans une moindre mesure, à des taux d’extinction élevés en Europe et en Amérique du Nord, où l’on trouve proportionnellement moins d’espèces. Source : Félix Pharand-Deschênes (cartographie), Clinton Jenkins (traitement des données), traitement des données de l’UICN/Birdlife International. Propriété de l’American Association for the Advancement of Science, carte publiée dans Science Magazine.
Les zones tempérées ne sont pas nous plus épargnées. L’état de la biosphère en France est particulièrement préoccupant puisque notre pays se situe au rang des 10 pays les plus concernés par l’érosion de la biodiversité. Une position peu glorieuse qui est largement dû à ses territoires d’outre-mer et méditerranéens, qui concentrent des « points chauds » de la biodiversité mondiale, c’est-à-dire des régions particulièrement riches en faune terrestre et/ou marine. En France métropolitaine, sur les 1 608 espèces évaluées par l’UICN, 20 % sont considérées comme menacées : 14% des mammifères, 24% des reptiles, 23% des amphibiens ou encore 22% des poissons et 28% des crustacés d’eau douce. En France, selon les études du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) et du CNRS, en l’espace de 15 ans, un tiers des oiseaux a disparu de nos campagnes. « Nos campagnes sont en train de devenir de véritables déserts. » détaille Vincent Bretagnolle, écologue au Centre d’études biologiques de Chizé, dans les Deux-Sèvres.
En 40 ans, les populations d’animaux sauvages sur notre planète ont chuté de 60% (WWF)
Le dernier rapport de la WWF, Planète Vivante (2018), qui analyse l’état de santé de la biodiversité est encore plus alarmant. Entre 1970 et 2014, soit quasiment en un demi-siècle, les populations de vertébrés, comprenant les poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles, ont chuté de 60% dans le monde.
Pourtant le pire resterait à venir. D’ici 2050, 38% à 46% des espèces animales et végétales pourraient tout simplement disparaître de la planète. C’est la conclusion tirée du 5ème rapport (mars 2018) de la Plateforme Intergouvernemental scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), un organisme regroupant 130 pays, constitué notamment de scientifiques, qui a pour objectif d’évaluer l’état de la biodiversité et son devenir. « Si nous continuons ainsi, oui, la sixième extinction, la première causée par les humains, va se poursuivre ! », averti Robert Watson, président de l’IPBES. En Afrique, la moitié des populations d’oiseaux et de mammifères pourrait s’éteindre d’ici la fin du siècle. Dans les Amériques, le recul de la biodiversité est estimé à 40% d’ici 2050. Pire encore, 90% des coraux au niveau mondial pourraient totalement disparaître si rien n’est fait pour enrayer le réchauffement climatique.
Le dernier rapport de l’IPBES publié en mai 2019, qui s’appuie sur 15 000 références scientifiques et gouvernementales, estime désormais qu’un million d’espèces vivantes sont menacées d’extinction. Il s’agit du rapport le plus abouti sur l’état du vivant depuis prés de 15 ans.
Une étude datant de 2016 et menée par des scientifiques du centre de recherche botanique des Kew Gardens à Londres estiment quant à elle la perte de biodiversité issue de la flore à 21% dans le monde. Sachant que 2 000 nouvelles espèces sont découvertes chaque année et que certaines disparaissent sans même que les scientifiques n’aient le temps de les découvrir. Avec ses quelques 6 000 plantes supérieures, la France héberge d’ailleurs à elle seule 40% de la flore européenne, selon l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN).
Pour conclure, selon la WWF, l’on risque de perdre jusqu’à 50 % des espèces dans les régions du monde les plus riches en biodiversité d’ici 2080. Sans surprise, ce fléau sur la biosphère est bien sûr imputable à nos activités et à notre croissance effrénée qui fragmentent et détruisent les milieux naturels les plus riches en biodiversité.
LES MOTEURS DU DÉCLIN DE LA BIODIVERSITÉ
Dégradation et surexploitation des terres
Nous occupons aujourd’hui tous les territoires, toutes les niches écologiques, avons un impact sur tous les écosystèmes. Le dernier rapport de l’IPBES sur l’évaluation de la dégradation et la restauration des terres (LDRA) affirme que seulement un quart des terres de la planète ne sont pas affectées par les activités humaines. « Avec des impacts négatifs sur le bien-être d’au moins 3,2 milliards de personnes, la dégradation des terres par les activités humaines conduit la planète vers une sixième extinction massive des espèces », déclarent le professeur Robert Scholes (Afrique du Sud), co-président de l’étude, et le Docteur Luca Montanarella (Italie). Selon les prévisions de la WWF, d’ici 2050, les activités humaines pourraient impacter 90% des terres mondiales. Et les menaces sur les écosystèmes sont nombreuses.
Les principaux moteurs de cette crise de la biodiversité restent la surexploitation et la conversion des terres pour l’agriculture, qui fragmentent et fragilisent les milieux naturels. La déforestation est l’une des premières atteintes à la biodiversité, résultat de notre consommation effrénée. Le déforestation s’est notamment accélérée dans les zones tropicales – qui abritent la majorité des espèces terrestres – comme le bassin amazonien et l’Asie du sud-est, pour laisser place aux plantations, notamment des palmiers à huile. L’île de Bornéo en Indonésie qui concentre une grande variété d’espèces endémiques est particulièrement touchée par ce phénomène. L’île a déjà perdu plus de la moitié de ses forêts primaires, et un tiers ont disparu au cours des 30 dernières années. Les populations d’orangs-outans, espèce endémique d’Indonésie, ont vu leur aire de répartition réduite de 55% en 20 ans sur la seule île de Bornéo. Certaines terres sont même devenues inutilisables pour l’agriculture à cause de leur surexploitation. D’ailleurs, au niveau mondial on estime que près d’un tiers des terres, toutes zones confondues, sont moyennement à fortement dégradées. Ainsi, parmi toutes les espèces de plantes, d’amphibiens, de reptiles, d’oiseaux et de mammifères ayant disparu depuis 1 500 après Jésus-Christ, 75 % d’entre-elles ont été victimes, soit de surexploitation, soit d’activités agricoles, ou des deux.
Les principaux moteurs de la crise de la biodiversité restent la surexploitation et la conversion des terres pour l’agriculture
Hausse de la démographie et croissance urbaine
Avec l’augmentation de la population humaine – qui devrait atteindre 10 milliards d’individus d’ici 2050 – le défrichement des terres devrait s’accroître pour répondre aux besoins alimentaires toujours plus croissants, ce qui entraînera inévitablement de nouvelles pressions sur les écosystèmes. En effet, l’explosion démographique et la croissance économique exacerbées entraînent des changements sur les écosystèmes de notre planète en raison de la demande accrue en énergie, en terres et en eau. L’étalement urbain restreint ainsi les zones d’habitats des espèces. Chaque jour, ce sont environ 110 kilomètres carrés de terres qui disparaissent, soit l’équivalent de la superficie de la ville de Paris.
Réchauffement climatique et migration des espèces
En perturbant les climats, le réchauffement climatique oblige certaines espèces à migrer et à entrer en conflit avec les espèces autochtones. En effet, avec la hausse des températures, le vivant cherche des zones plus fraîches, modifiant ainsi les aires de répartition des animaux. Certaines espèces ne peuvent par exemple plus s’adapter à l’altération des variations climatiques saisonnières qui se produit dans les forêts tropicales. Les zones tempérées plus chaudes, sont soumises ces dernières années à l’invasion d’insectes d’origine tropicale ou méditerranéenne, comme le moustique tigre, qui véhiculent de nombreuses maladies pour l’homme. Mais toutes les espèces ne peuvent pas migrer indéfiniment. C’est le cas notamment de l’ours blanc, le plus grand carnivore terrestre, qui est amené à disparaître à cause de la fonte de la banquise, ce qui réduit son territoire de chasse.
Les espèces marines sont également très impactées par l’augmentation de la température des eaux. Le réchauffement des océans, notamment tropicaux, provoquent le blanchiment des récifs coralliens, auquel s’ajoute les problèmes de pollution et de surpêche. Ces écosystèmes très sensibles aux perturbations de leur environnement, qui occupent moins de 0,2% des océans, abritent pourtant 33% de la faune marine. En effet, les récifs coralliens servent de niches écologiques à près de 2 millions d’espèces marines différentes.
Pollution
La pollution chimique, tout particulièrement plastique, cause également d’importants dégâts sur les populations de cétacés comme les baleines, les dauphins et les oiseaux marins au sommet de la chaîne alimentaire. Des espèces qui mangent des poissons, qui ont eux-mêmes ingurgité des microparticules de plastique nocives. Selon un rapport de l’ONU datant de 2016, plus de 800 espèces marines sont menacées par la pollution plastique. Et l’hécatombe devrait continuer dans les décennies à venir avec les effets de la surconsommation. Sachant que chaque année ; ce sont plus de 20 milliards de tonnes de déchets qui finissent dans les océans mondiaux, dont 80% proviennent des terres. A tel point que l’océan est aujourd’hui devenu une sorte de « soupe plastique », connu sous le nom de « 7ème continent».
Braconnage
En Afrique, les populations d’éléphants qui évoluent dans les forêts tropicales et subtropicales humides du bassin du Congo, notamment en Tanzanie, sont décimées à cause du braconnage. Chaque année, ce sont entre 20 000 et 30 000 éléphants qui sont tués par les braconniers pour leur ivoire, revendu ensuite sur les marchés mondiaux illégaux. Sur le continent africain, l’espèce compte aujourd’hui environ 415 000 individus contre 3 à 5 millions au début du XXème siècle.
Agriculture intensive, déforestation, pollution, surpêche, surpâturage, urbanisation, braconnage ou introduction d’espèces invasives : aujourd’hui la biodiversité souffre de nombreux maux. Mais on est en droit de se poser cette question : existe-t-il une vraie nécessité pour l’homme de préserver la biodiversité qu’il détruit ? La biodiversité qui se définit comme toute la diversité du monde vivant sur terre, est tout simplement une condition préalable à notre existence.
La biodiversité en crise
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Chaque année, ce sont entre 20 000 et 30 000 éléphants qui sont tués par les braconniers pour leur ivoire. Sur le continent africain, l’espèce compte aujourd’hui environ 415 000 individus contre 3 à 5 millions au début du XXème siècle. Photo on Foter.com
Aujourd’hui environ 20 000, le nombre de lions a chuté de 43% en l’espace de 20 ans et pourraient totalement disparaître d’ici 2050. Photo on Foter.com
En Antarctique, les populations des manchots d’Adélie ont chuté de 42% à cause de la diminution du krill antarctique. Photo by Martha de Jong-Lantink on Foter.com / CC BY-NC-ND
Famille d’orangs-outans dans la jungle, sur l’île du Sumatra. Les populations d’orangs-outans, espèce endémique d’Indonésie, ont vu leur aire de répartition réduite de 55% en 20 ans sur la seule île de Bornéo. Photo by astrid.vaccaro on Foter.com / CC BY-NC-SA
En un siècle, près de 97 % des tigres ont disparu. Seuls 3 890 individus vivent aujourd’hui dans leur milieu naturel. Le braconnage et la déforestation sont les principales menaces. Photo by Mathias Appel, Flickr
LA BIODIVERSITÉ ET L’HOMME : UNE INTERDÉPENDANCE
L’Homme est à la fois coupable et victime de cette extinction de masse des espèces. La dégradation des écosystèmes s’est accélérée au cours des années 1950, caractérisée par une explosion de la croissance où les activités humaines commencent à avoir un impact déterminant sur les milieux naturels. Comme le rappelle Gerardo Ceballos « L’érosion des espèces entraîne de graves conséquences en cascades sur l’ensemble des écosystèmes, ainsi que des impacts économiques et sociaux pour l’humain ». La biodiversité est essentielle à notre alimentation, notre santé et notre sécurité mais aussi à la stabilité des systèmes économiques et politiques mondiaux. Nous avons tout simplement besoin de la nature et de ce qu’elle nous offre pour survivre. En effet, la nature nous rend de nombreux services dits « écosystémiques » dont nous dépendons tous : elle nous approvisionne en eau ; en air et en sols, nous fournit de la nourriture ; des matières premières ; des médicaments, etc.
La biodiversité du sous-sol essentielle
La biodiversité est avant tout essentielle à nos activités agricoles. Elle nous permet notamment d’améliorer la fertilisation des terres et leurs rendements. Les sols regorgent d’une vie riche et insoupçonnée, souvent microscopique. Ils hébergent à eux seuls 25% de la biodiversité mondiale. Les animaux fouisseurs qui s’y développent sont essentiels à la création de l’humus – la partie superficielle des sols riches en nutriments et minéraux – qui rend nos sols fertiles en éliminant notamment les matières en décomposition. Une terre en bonne santé est tout simplement une terre riche en faune. Les jardiniers le savent bien, les vers de terre par exemple qui vivent entre 15 et 30 centimètres de profondeur et qui creusent des galeries participent à l’oxygénation des sols, améliorant ainsi la croissance des plantes. La pollutiondes sols par les pesticides ou le surpâturage sont les principaux facteurs qui participent au déclin de cette biodiversité cachée. En 1950, on recensait environ deux tonnes de vers par hectare, contre moins de 200 kilogrammes par hectare aujourd’hui. La préservation du sous-sol est donc essentielle pour la survie de nombreuses espèces animales et bien sûr l’homme qui en dépend étroitement.
La biodiversité est essentielle à notre alimentation, notre santé et notre sécurité mais aussi à la stabilité des systèmes économiques et politiques mondiaux.
L’importance des pollinisateurs et sécurité alimentaire
Quant aux pollinisateurs, comme les abeilles, ils sont essentiels à notre sécurité alimentaire. La pollinisation est le processus naturel qui bénéficie à 75% des principales cultures vivrières mondiales, du soja notamment. L’abondance et la santé de ces pollinisateurs sont menacées de disparition à cause de l’utilisation de traitements phytosanitaires, d’agents pathogènes, de l’expansion urbaine, et plus largement du réchauffement climatique. En l’espace de 20 ans, les populations d’abeilles ont ainsi chuté de 25% en Europe. Albert Einstein ne disait-il pas que si l’abeille disparaissait ; il ne resterait plus qu’à l’Humanité 4 ans à vivre ! Mythe ou réalité ?
Habitats marins et ressources alimentaires
Les habitats marins et d’eau douce – comme les lacs ; les rivières ; et autres zones humides – riches en espèces de poissons et crustacés, sont les principaux écosystèmes qui nous servent de ressources alimentaires ; à la base de l’économie mondiale comme la pêche. En 2016, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le nombre de personnes vivants de la pêche et de son industrie dans le monde est estimé à quasiment 60 millions de personnes, tout particulièrement en Asie. Mais la pêche mondiale est en péril. Car les stocks de poissons sont surexploités à cause de pratiques désastreuses, comme l’utilisation de gros chalutiers ou le recours à la pêche illégale, qui labourent les fonds marins et vident les océans. Aujourd’hui, un tiers des espèces marines sont surexploitées par l’homme. Une surexploitation qui est trois plus importante qu’il y a 30 ans. Pêché depuis 7 000 ans, le thon rouge est menacé d’extinction. On estime que 80% des ressources de thons rouges ont disparu en l’espace de 50 ans. Quant aux saumons qui naissent en eau douce et migrent ensuite vers l’océan, ils sont l’une des espèces de poissons la plus consommée dans le monde. Selon les estimations, en 20 ans la population de saumon de l’Atlantique a été divisée par deux, à cause notamment de la pisciculture intensive. En effet, 93% du saumon atlantique est issu de l’élevage, fréquemment dopé aux antibiotiques, contaminant ainsi les populations sauvages.
En Antarctique, les populations des manchots d’Adélie ont chuté de 42% à cause de la diminution du krill antarctique, de nombreuses espèces de petits invertébrés. Le krill sert notamment à produire des farines animales qui nourrissent ensuite les espèces issues de l’aquaculture. Le krill est à la base de la chaine alimentaire dans l’océan, dont se nourrissent les manchots, les baleines ou encore les phoques.
Zones humides menacées
Les zones humides – qui incluent les deltas et les marécages – très riches en biodiversité, sont aujourd’hui l’un des écosystèmes les plus menacés par la présence humaine. Nous les exploitons, les modifions et les détruisons à un rythme inégalé. Selon le dernier rapport de la Convention Internationale sur les zones humides, ces zones en eau douce disparaissent trois fois plus vites que les forêts. Bien qu’elles hébergent 40% d’espèces, 87% des zones humides ont disparu au cours des 300 dernières années et 54% depuis le début de l’ère moderne. Il est aujourd’hui primordial de préserver ces espaces, sources de matières premières, dont dépend plus d’un milliard de personnes dans le monde. Les tourbières qui ne couvrent pourtant que 3% de la superficie des terres mondiales sont également efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique puisqu’elles stockent deux fois plus de carbone que toutes les forêts mondiales. Quant aux mangroves, ces forêts littorales où se reproduisent de nombreuses espèces de poissons, elles s’avèrent très utiles pour lutter contre l’érosion du littoral. Mais aussi pour limiter les dégâts côtiers causés par les tempêtes et les tsunamis, car les mangroves jouent un rôle de barrières naturelles.
Les ressources en espèces marines et d’eau douce relient de nombreux écosystèmes terrestres et constituent une denrée quotidienne, à la base de nombreux régimes alimentaires dans plusieurs pays du monde. Il s’agit désormais de gérer la pêche et les activités aquacoles de manière durable et responsable, en instaurant des labels et en respectant les quotas fixés par les organismes internationaux. Des mesures obligatoires afin de respecter les cycles naturels de reproduction et de régénération des espèces d’eau.
Fortement impactée par la modification et la détérioration des écosystèmes, la biodiversité ne pourra être préservée qu’en vertu d’une protection des « hauts lieux » de la biodiversité.
ENRAYER LA « 6éme EXTINCTION » EN PRÉSERVANT LES « POINTS CHAUDS » MONDIAUX DE LA BIODIVERSITÉ
L’une des pistes de l’UCIN pour enrayer cette « 6ème extinction » de masse des espèces à l’échelle mondiale, est de lutter contre la fragmentation des habitats en instaurant des zones contiguës et des corridors écologiques. Afin que les animaux puissent évoluer paisiblement au sein de leur écosystème, ou migrer vers des zones plus favorables à leur reproduction, donc à leur survie. Et limiter au mieux les conflits inter-espèces et les impacts humains délétères.
L’inversement de la courbe de l’érosion de la biodiversité devra notamment passer par le renforcement de la préservation des « points chauds » de la biodiversité (hotspots), c’est-à-dire les zones à la fois riches en espèces et très fortement menacées. « La plus importante réponse que la conservation puisse apporter à la menace sur les habitats naturels c’est la sauvegarde de sites clés pour la biodiversité, des sites contribuant à la persistance globale de la biodiversité. Nous en avons identifié beaucoup, mais seulement un tiers d’entre eux sont d’ores et déjà protégés. » détaille le professeur Thomas Brooks, directeur du département Science et Savoir de l’UICN. Le combat pour la préservation ne fait donc que commencer.
Les « points chauds » de la biodiversité
En 2017, l’UICN recensait 36 points chauds de biodiversité sur la planète, essentiellement dans la zone intertropicale, soit seulement 2,3% de la superficie de la planète (carte.3 et carte interactive actualisée). Ces « points chauds » abritent plus de 50% des espèces végétales et 42% des espèces de vertébrés terrestres. La France compte 5 « points chauds » dont 4 en outre-mer : à savoir le bassin méditerranéen, les Antilles, la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie, et l’océan Indien. Mais cette cartographie présente des limites puisqu’elle ne prend pas toujours en compte les changements socio-environnementaux actuels et à venir. A titre d’exemple, la bassin du Congo avec ses espaces forestiers quasiment intacts – deuxième forêt tropicale du monde – pourraient totalement disparaître d’ici la fin du siècle, en tenant compte du rythme actuel de déforestation. L’impact sur la biodiversité s’annonce déjà catastrophique. Malgré cette richesse du vivant, le bassin du Congo n’est pourtant pas considéré comme un « point chaud » de la biodiversité.
Carte.3 : En 2017, l’UICN recensait 36 « points chauds » de biodiversité sur la planète, c’est-à-dire les zones à la fois riches en espèces et très fortement menacées. Ces zones se situent essentiellement dans la zone intertropicale, soit une superficie mondiale préservée de 2,3%, à la fois sur les terres émergées et en mer. Ces « points chauds » abritent plus de 50% des espèces végétales et 42% des espèces de vertébrés terrestres. Source : Conservation International, 2005
Recenser les espèces menacées et développer des aires protégées
A la suite de la Convention sur la Diversité Biologique du Congrès Mondial de la Nature (2012), l’UICN a lancé un programme de répertoriage, de valorisation, et de conservation de sites naturels menacés au sein d’aires protégées. Son objectif principal est de faire progresser la qualité de gestion et de gouvernance de l’ensemble des aires protégées dans le monde. Connue sous le nom de la « Liste Verte », ce programme est appelé à devenir une référence mondiale pour l’ensemble de la communauté internationale en charge de la conservation de la nature et de la préservation de la biodiversité. D’ici 2020, l’ambition affichée de cette liste est d’assurer la conservation et la protection de 17% de zones terrestres et de 10% d’aires marines. Aujourd’hui de nombreux pays se sont engagés dans cette démarche. Trente-neuf aires sont désormais inscrites sur cette liste. En consultant la page de la « Liste Verte » de l’UICN vous découvrirez la cartographie mondiale interactive des zones protégées actuellement et celles à venir. La France est d’ailleurs le pays qui compte le plus d’aires protégées sur son territoire, devant la Chine, avec dix sites inscrits au total en 2018, comme entre autres ; la réserve nationale des Terres australes françaises ou le parc naturel régional des Vosges du Nord. En 2050, l’UICN ambitionne de recenser l’ensemble de ces sites clés qui contribuent au maintien de la biodiversité au niveau global, et surtout de les protéger comme jamais auparavant.
« Nous sommes la première génération à comprendre clairement la valeur de la nature et l’impact que nous avons sur elle. Nous pourrons être la dernière à pouvoir faire en sorte d’inverser cette tendance. La période entre aujourd’hui et 2020 pourrait être un moment décisif de l’histoire » Rapport 2018 « Planète Vivante » de la WWF
Comprendre l’état de la biodiversité pour mieux agir
Pour comprendre l’état de la biodiversité et son devenir, il faudra notamment s’attarder sur l’amélioration de nos connaissances concernant les interactions qui existent entre les espèces. Des connaissances utiles pour mettre en place des actions de sauvegarde efficaces, car l’extinction d’une espèce peut entraîner une réaction en chaîne sur d’autres espèces. Ce qui peut déstabiliser l’ensemble des chaînes alimentaires. « Nous avons commencé à travailler sur l’organisation des communautés avec des modèles. Mais nous avons réalisé qu’il fallait un jeu de données plus complet pour rendre compte des contraintes qui s’exercent sur les écosystèmes dans la nature et obtenir ainsi des résultats intéressants. » témoigne Sonia Kéfi, chercheuse à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. En 2020, l’UICN espère avoir évalué la situation de 160 000 espèces pour mieux estimer l’état de santé de la biodiversité. Mais surtout pour comprendre les interactions complexes qui unissent les espèces et leurs liens d’interdépendances. Et bien évidement de savoir comment les espèces se comportent face aux changements environnementaux, actuels et à venir, de leurs habitats.
Les défis à relever pour protéger la biodiversité
Mais, le combat numéro un afin de protéger efficacement la biodiversité actuelle et les systèmes « écosystémiques » vitaux pour l’homme, est de procéder sans attendre à la restauration des terres, en favorisant par exemple l’agroforesterie et en ayant recours à l’agriculture raisonnée. Il est donc ; avant tout, nécessaire de renforcer notre lutte contre le réchauffement climatique. En effet, les changements climatiques en cours sont l’un des moteurs principaux de la détérioration des sols et des habitats dans le monde. A l’avenir, les régions humides devraient devenir plus humides et plus chaudes, tandis que les régions sèches deviendront de plus en plus sèches. Ces nouvelles conditions climatiques poussent les espèces à migrer ou tout simplement à disparaître, fautes d’adaptations à leur nouvel environnement. Comme le déclare Sir Robert Watson, président de l’IPBES : « La dégradation des terres, la perte de biodiversité et le changement climatique sont trois faces différentes du même défi central : l’impact de plus en plus dangereux de nos choix sur la santé de notre environnement naturel. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous attaquer isolément à l’une de ces trois menaces – elles méritent chacune la priorité politique la plus élevée et doivent être traitées ensemble. »
Des actions globales devront être menées pour trouver des solutions efficaces pour protéger le vivant et assurer le bien-être humain. Comme par exemple, réduire notre consommation de viande qui détruit de manière irréversible les terres, à cause du surpâturage et/ou de l’utilisation de produits phytosanitaires néfastes. Mais aussi, de réduire le gaspillage alimentaire, enrayer la pollution en mettant en place des filières efficaces de recyclage, notamment dans les pays en voie de développement. Ou encore d’abandonner les pratiques agricoles intensives, et favoriser la monoculture ou le labour. Un ensemble de mesures plus respectueuses des sols.
Les défis pour sauvegarder la biodiversité sont donc nombreux et complexes. « Il s’agit désormais d’intégrer la biodiversité dans toutes les prises de décision, dans tous les secteurs de l’économie, et de toutes les politiques publiques. » estime Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). Il en va tout simplement de la survie de l’Humanité. Comme le rappelle le rapport « Planète Vivante 2018 » de la WWF : « Nous sommes la première génération à comprendre clairement la valeur de la nature et l’impact que nous avons sur elle. Nous pourrons être la dernière à pouvoir faire en sorte d’inverser cette tendance. La période entre aujourd’hui et 2020 pourrait être un moment décisif de l’histoire ». Alors, que souhaitons-nous faire ? Nous résigner et courir à notre propre perte. Où voulons-nous véritablement agir pour la préservation de cette fabuleuse alchimie : la vie, présente sur Terre depuis 3,5 milliards d’années !? Lutter contre la perte de la biodiversité ne serait-il pas finalement le défi numéro un du XXIème siècle ?
CE QU’IL FAUT RETENIR
En 40 ans, les populations d’animaux sauvages sur notre planète ont chuté de 60%. Et l’on risque de perdre jusqu’à 50% des espèces d’ici 2080, dans les régions les plus riches en biodiversité.
La biodiversité est menacée à cause principalement de la dégradation des terres pour l’agriculture, de la déforestation et de l’urbanisation qui réduisent et fragmentent les habitats naturels des espèces.
Il est primordial de préserver la biodiversité car elle fournit des ressources essentielles à la survie et au bien-être humain.
La préservation de la biodiversité doit passer par un renforcement de la lutte contre le réchauffement climatique et des actions de restauration des terres dégradées.