L’anéantissement en cours de la biodiversité menace l’Humanité

La biodiversité subit un "anéantissement biologique" sans précédent. Les espèces disparaissent à un rythme inégalé depuis la disparition des dinosaures, il y a 66 millions d’années ! Et ceci ne serait que le début... Retrouvez un dossier complet sur l'état de la biodiversité en 2019, sur la base de plus de 20 articles scientifiques et rapports officiels.

0
347
grenouille bleue
Photo par Thierry Fillieul, Pexels

La nature souffre. La biodiversité est en crise à l’échelle mondiale. La communauté scientifique dresse un constat alarmant : en 40 ans, les populations d’animaux sauvages sur notre planète ont chuté de 60% ! Selon les scientifiques nous connaissons les débuts de la 6ème grande extinction massive des espèces sur Terre. Le célèbre astrophysicien et défenseur de la nature, Hubert Reeves tire la sonnette d’alarme « Nous sommes en train de vivre un anéantissement biologique ». De la forêt amazonienne, aux déserts en passant par les zones tempérées, tous les écosystèmes, de tous les continents sont impactés. Les espèces animales et végétales disparaissent à un rythme inégalé depuis la disparition des dinosaures, il y a 66 millions d’années ! 

Une extinction accélérée qui n’a plus rien de naturelle. Cette chute inédite de la biodiversité est directement liée à nos activités qui détruisent et fragmentent les milieux naturels. La biodiversité est pourtant essentielle pour le fonctionnement des écosystèmes. Une crise de la biodiversité qui menace ainsi la survie de l’Humanité, puisque celle-ci nous rend de nombreux services, indispensables au fonctionnement et au maintien de nos sociétés modernes. Cette extinction de masse des espèces pourrait s’aggraver dans les décennies à venir, si nous poursuivons sur la voie d’une croissance démesurée. Pour enrayer cette érosion de la biodiversité, la protection de sites clés contribuant significativement à la persistance de la biodiversité devra se renforcer dans le cadre d’une gouvernance mondiale ambitieuse de préservation de la nature et de la précieuse vie qu’elle héberge. Un challenge de notre époque.

UN « ANEANTISSEMENT BIOLOGIQUE » SANS PRECEDENT 

A ce jour environ 1,7 millions d’espèces ont été décrites dans le monde, et l’on estime entre 5 à 15 millions le nombre d’espèces présentes sur notre planète. Des espèces qui n’ont, pour l’essentiel, pas encore été découvertes. Principalement dans les forêts tropicales qui réunissent à elles seules 90% du vivant de notre planète, comme le montre la carte.1. Les couleurs rouges et jaunes indiquant les terres émergées riches en espèces animales, couvrant une grande partie de la zone intertropicale, à savoir le bassin amazonien, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du sud-est. Chaque année, environ 16 000 nouvelles espèces sont découvertes par les scientifiques, principalement dans ces zones riches en vie. Ainsi, à l’heure on nous écrivons ces lignes, si l’on devait estimer théoriquement le nombre de nouvelles d’espèces découvertes par les scientifiques depuis le début de l’année 2019, nous en comptons plus de 1 300.

Répartition géographique de la biodiversité sur notre planète
Carte.1 : Cartographie de la répartition géographique de la biodiversité sur notre planète. Les couleurs rouges et jaunes indiquent les terres émergées riches en espèces animales, couvrant une grande partie de la zone intertropicale, à savoir le bassin amazonien, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du sud-est. Les couleurs bleues symbolisent des zones moins riches en biodiversité, comme les déserts et les hautes latitudes. Source : carte créée par le Dr. Clinton Jenkins pour SavingSpecies/Globaia, 2012

Notre planète a connu 5 extinctions massives des espèces depuis l’apparition de la vie, il y a entre 3,8 milliards et 3,5 milliards d’années. La dernière, connue sous le nom de la crise du « Crétacé-Tertiaire » remonte à 66 millions d’années et correspond à la disparition des dinosaures. Seuls les dinosaures théropodes ont survécu et sont les ancêtres de nos oiseaux actuels. La crise « Permien-Trias » qui a eu lieu il y a 252 millions d’années a vu disparaitre environ 95% des espèces. Il s’agit jusqu’à présent de la plus grande crise de la biodiversité qu’ait connue notre planète.

Les rapports des scientifiques se succèdent au fil des années et dressent le même constat alarmant : la biodiversité connaît un déclin massif sur notre planète. « La science le démontre : la biodiversité est en crise à l’échelle mondiale », a déclaré, le directeur général du Fonds mondial pour la nature ou WWF, Marco Lambertini.

Une érosion de la biodiversité inédite, car cette crise que les scientifiques considèrent désormais comme la 6ème grande extinction de notre planète, n’est pas conforme aux mécanismes naturels d’extinction des espèces. En effet, la vitesse de disparition des espèces atteint aujourd’hui des records. Sur la base des travaux de Gerardo Ceballos (Université nationale autonome du Mexique), de Paul Ehrlich et de Rodolfo Dirzo (Université de Sanford, Californie), publiés en juin 2015 dans la revue scientifique Sciences Advances, les populations d’animaux n’ont jamais décliné à un rythme aussi rapide depuis le début de la Révolution Industrielle. Depuis 1 900, le rythme de perte de biodiversité est 100 à 1 000 fois supérieur que le taux naturel d’extinction des espèces, calculé au cours des temps géologiques. Au cours des 100 dernières années, ce sont environ 200 vertébrés qui ont disparu sur Terre.

En utilisant la base de données de la liste rouge l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature ou UICN, qui recense les espèces menacées d’extinction sur tous les continents, à différents degrés d’urgence, les scientifiques ont étudié 27 600 espèces de vertébrés au niveau mondial. Ils concluent que 32% des espèces connaissent un diminution de leur effectif. Toujours selon l’organisme intergouvernemental, ces derniers 500 ans, 820 espèces à l’état sauvage ont disparu. L’étude plus approfondie de 177 espèces de mammifères a montré que quasiment toutes ont perdu au moins 30% de leur aire de répartition géographique. 40% de ces espèces ont même perdu plus de 80% de leurs territoires historiques, entre 1 900 et 2015.

Les effectifs des vertébrés, pour la plupart des espèces communes, reculent donc à la fois en nombre, mais également en terme de répartition géographique. Ces zones où les taux d’érosion de la biodiversité sont les plus importants sont identifiés en rouge et jaune sur la carte.2. Tous les pays, de tous les continents, voient leur biodiversité chuter. Les zones les plus impactées se situent au niveau des zones tropicales puisque ce sont les écosystèmes terrestres les plus riches en faune. Dans la zone intertropicale, les populations de vertébrés ont chuté de 89%. Sans surprise, les espèces animales les plus touchées sont situées dans le bassin amazonien. En Afrique, le bassin du Congo subit la plus grande érosion du vivant. A titre d’exemple, le nombre de lions a chuté de 43% en l’espace de 20 ans. Aujourd’hui, environ 20 000 à l’état sauvage, ils pourraient totalement disparaître d’ici 2050. En Asie centrale et du sud-est, près de 42 % des animaux terrestres et des plantes ont disparu ces 10 dernières années. Dans les zones polaires, les déclins se situent entre 23 et 31% selon les espèces.

Taux d'exctinction des espèces de vértébrés dans le monde
Carte.2 : Un grand nombre d’espèces animales risquent l’extinction en Asie du Sud-Est, dans le bassin du Congo, en Amazonie et dans les Andes septentrionales, comme le montre cette carte d’extinction des mammifères, des amphibiens et des oiseaux. Les animaux sont également confrontés, dans une moindre mesure, à des taux d’extinction élevés en Europe et en Amérique du Nord, où l’on trouve proportionnellement moins d’espèces. Source : Félix Pharand-Deschênes (cartographie), Clinton Jenkins (traitement des données), traitement des données de l’UICN/Birdlife International. Propriété de l’American Association for the Advancement of Science, carte publiée dans Science Magazine.

Les zones tempérées ne sont pas nous plus épargnées. L’état de la biosphère en France est particulièrement préoccupant puisque notre pays se situe au rang des 10 pays les plus concernés par l’érosion de la biodiversité. Une position peu glorieuse qui est largement dû à ses territoires d’outre-mer et méditerranéens, qui concentrent des « points chauds » de la biodiversité mondiale, c’est-à-dire des régions particulièrement riches en faune terrestre et/ou marine. En France métropolitaine, sur les 1 608 espèces évaluées par l’UICN, 20 % sont considérées comme menacées : 14% des mammifères, 24% des reptiles, 23% des amphibiens ou encore 22% des poissons et 28% des crustacés d’eau douce. En France, selon les études du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) et du CNRS, en l’espace de 15 ans, un tiers des oiseaux a disparu de nos campagnes. « Nos campagnes sont en train de devenir de véritables déserts. » détaille Vincent Bretagnolle, écologue au Centre d’études biologiques de Chizé, dans les Deux-Sèvres.

En 40 ans, les populations d’animaux sauvages sur notre planète ont chuté de 60% (WWF)

Le dernier rapport de la WWF, Planète Vivante (2018), qui analyse l’état de santé de la biodiversité est encore plus alarmant. Entre 1970 et 2014, soit quasiment en un demi-siècle, les populations de vertébrés, comprenant les poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles, ont chuté de 60% dans le monde.

Pourtant le pire resterait à venir. D’ici 2050, 38% à 46% des espèces animales et végétales pourraient tout simplement disparaitre de la planète. C’est la conclusion tirée du 5ème rapport (mars 2018) de la Plateforme Intergouvernemental scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), un organisme regroupant 129 pays, constitué notamment de scientifiques, qui a pour objectif d’évaluer l’état de la biodiversité et son devenir. « Si nous continuons ainsi, oui, la sixième extinction, la première causée par les humains, va se poursuivre ! », averti Robert Watson, président de l’IPBES. En Afrique, la moitié des populations d’oiseaux et de mammifères pourrait s’éteindre d’ici la fin du siècle. Dans les Amériques, le recul de la biodiversité est estimé à 40% d’ici 2050. Pire encore, 90% des coraux au niveau mondial pourraient totalement disparaitre si rien n’est fait pour enrayer le réchauffement climatique. Concernant les espèces d’invertébrés terrestres (papillons, vers de terre, etc.) et marins (bivalves, éponges, etc.), 42% sont menacées d’extinction, selon l’UICN.

Une étude datant de 2016 et menée par des scientifiques du centre de recherche botanique des Kew Gardens à Londres estiment quant à elle la perte de biodiversité issue de la flore à 21% dans le monde. Sachant que 2 000 nouvelles espèces sont découvertes chaque année et que certaines disparaissent sans même que les scientifiques n’aient le temps de les découvrir. Avec ses quelques 6 000 plantes supérieures, la France héberge d’ailleurs à elle seule 40% de la flore européenne, selon l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN).

Pour conclure, selon la WWF, l’on risque de perdre jusqu’à 50 % des espèces dans les régions du monde les plus riches en biodiversité d’ici 2080. Sans surprise, ce fléau sur la biosphère est bien sûr imputable à nos activités et à notre croissance effrénée qui fragmentent et détruisent les milieux naturels les plus riches en biodiversité.

0
%
des populations d'animaux sauvages ont chuté en 40 ans (WWF)
0
%
des espèces animales sont considérées comme menacées en France (UICN)
0
%
des espèces animales et végétales pourraient disparaitre d'ici 2050 (IPBES)

LES MOTEURS DU DECLIN DE LA BIODIVERSITE

Nous occupons aujourd’hui tous les territoires, toutes les niches écologiques, avons un impact sur tous les écosystèmes. Le dernier rapport de l’IPBES sur l’évaluation de la dégradation et la restauration des terres (LDRA) affirme que seulement un quart des terres de la planète ne sont pas affectées par les activités humaines. « Avec des impacts négatifs sur le bien-être d’au moins 3,2 milliards de personnes, la dégradation des terres par les activités humaines conduit la planète vers une sixième extinction massive des espèces », déclarent le professeur Robert Scholes (Afrique du Sud), co-président de l’étude, et le Docteur Luca Montanarella (Italie). Selon les prévisions de la WWF, d’ici 2050, les activités humaines pourraient impacter 90% des terres mondiales. Et les menaces sur les écosystèmes sont nombreuses.

Les principaux moteurs de cette crise de la biodiversité restent la surexploitation et la conversion des terres pour l’agriculture, qui fragmentent et fragilisent les milieux naturels. La déforestation est l’une des premières atteintes à la biodiversité, résultat de notre consommation effrénée. Le déforestation s’est notamment accélérée dans les zones tropicales – qui abritent la majorité des espèces terrestres – comme le bassin amazonien et l’Asie du sud-est, pour laisser place aux plantations, notamment des palmiers à huile. L’île de Bornéo en Indonésie qui concentre une grande variété d’espèces endémiques est particulièrement touchée par ce phénomène. L’île a déjà perdu plus de la moitié de ses forêts primaires, et un tiers ont disparu au cours des 30 dernières années. Les populations d’orangs-outans, espèce endémique d’Indonésie, ont vu leur aire de répartition réduite de 55% en 20 ans sur la seule île de Bornéo. Certaines terres sont même devenues inutilisables pour l’agriculture à cause de leur surexploitation. D’ailleurs, au niveau mondial on estime que près d’un tiers des terres, toutes zones confondues, sont moyennement à fortement dégradées. Ainsi, parmi toutes les espèces de plantes, d’amphibiens, de reptiles, d’oiseaux et de mammifères ayant disparu depuis 1 500 après Jésus-Christ, 75 % d’entre-elles ont été victimes, soit de surexploitation, soit d’activités agricoles, ou des deux.

Les principaux moteurs de la crise de la biodiversité restent la surexploitation et la conversion des terres pour l’agriculture

Avec l’augmentation de la population humaine – qui devrait atteindre 10 milliards d’individus d’ici 2050 – le défrichement des terres devrait s’accroitre pour répondre aux besoins alimentaires toujours plus croissants, ce qui entrainera inévitablement de nouvelles pressions sur les écosystèmes. En effet, l’explosion démographique et la croissance économique exacerbées entrainent des changements sur les écosystèmes de notre planète en raison de la demande accrue en énergie, en terres et en eau. L’étalement urbain restreint ainsi les zones d’habitats des espèces. Chaque jour, ce sont environ 110 kilomètres carrés de terres qui disparaissent, soit l’équivalent de la superficie de la ville de Paris.

En perturbant les climats, le réchauffement climatique oblige certaines espèces à migrer et à entrer en conflit avec les espèces autochtones. En effet, avec la hausse des températures, le vivant cherche des zones plus fraiches, modifiant ainsi les aires de répartition des animaux. Certaines espèces ne peuvent par exemple plus s’adapter à l’altération des variations climatiques saisonnières qui se produit dans les forêts tropicales. Les zones tempérées plus chaudes, sont soumises ces dernières années à l’invasion d’insectes d’origine tropicale ou méditerranéenne, comme le moustique tigre, qui véhiculent de nombreuses maladies pour l’homme. Mais toutes les espèces ne peuvent pas migrer indéfiniment. C’est le cas notamment de l’ours blanc, le plus grand carnivore terrestre, qui est amené à disparaitre à cause de la fonte de la banquise, ce qui réduit son territoire de chasse.

Les espèces marines sont également très impactées par l’augmentation de la température des eaux. Le réchauffement des océans, notamment tropicaux, provoquent le blanchiment des récifs coralliens, auquel s’ajoute les problèmes de pollution et de surpêche. Ces écosystèmes très sensibles aux perturbations de leur environnement, qui occupent moins de 0,2% des océans, abritent pourtant 33% de la faune marine. En effet, les récifs coralliens servent de niches écologiques à près de 2 millions d’espèces marines différentes.

La pollution chimique, tout particulièrement plastique, cause également d’importants dégâts sur les populations de cétacés comme les baleines, les dauphins et les oiseaux marins au sommet de la chaine alimentaire. Des espèces qui mangent des poissons, qui ont eux-mêmes ingurgité des microparticules de plastique nocives. Selon un rapport de l’ONU datant de 2016, plus de 800 espèces marines sont menacées par la pollution plastique. Et l’hécatombe devrait continuer dans les décennies à venir avec les effets de la surconsommation. Sachant que chaque année ; ce sont plus de 20 milliards de tonnes de déchets qui finissent dans les océans mondiaux, dont 80% proviennent des terres. A tel point que l’océan est aujourd’hui devenu une sorte de « soupe plastique », connu sous le nom de « 7ème continent ».

En Afrique, les populations d’éléphants qui évoluent dans les forêts tropicales et subtropicales humides du bassin du Congo, notamment en Tanzanie, sont décimées à cause du braconnage. Chaque année, ce sont entre 20 000 et 30 000 éléphants qui sont tués par les braconniers pour leur ivoire, revendu ensuite sur les marchés mondiaux illégaux. Sur le continent africain, l’espèce compte aujourd’hui environ 415 000 individus contre 3 à 5 millions au début du XXème siècle.

Agriculture intensive, déforestation, pollution, surpêche, surpâturage, urbanisation, braconnage ou introduction d’espèces invasives : aujourd’hui la biodiversité souffre de nombreux maux. Mais on est en droit de se poser cette question : existe-t-il une vraie nécessité pour l’homme de préserver la biodiversité qu’il détruit ? Et comment ! La biodiversité qui se définit comme toute la diversité du monde vivant sur terre, est tout simplement une condition préalable à notre existence.

LA BIODIVERSITE ET L’HOMME : UNE INTERDEPENDANCE

L’homme est à la fois coupable et victime de cette extinction de masse des espèces. La dégradation des écosystèmes s’est accélérée au cours des années 1950, caractérisée par une explosion de la croissance où les activités humaines commencent à avoir un impact déterminant sur les milieux naturels. Comme le rappelle Gerardo Ceballos « L’érosion des espèces entraine de graves conséquences en cascades sur l’ensemble des écosystèmes, ainsi que des impacts économiques et sociaux pour l’humain ». La biodiversité est essentielle à notre alimentation, notre santé et notre sécurité mais aussi à la stabilité des systèmes économiques et politiques mondiaux. Nous avons tout simplement besoin de la nature et de ce qu’elle nous offre pour survivre. En effet, la nature nous rend de nombreux services dits « écosystémiques » dont nous dépendons tous : elle nous approvisionne en eau ; en air et en sols, nous fournit de la nourriture ; des matières premières ; des médicaments, etc.

La biodiversité est avant tout essentielle à nos activités agricoles. Elle nous permet notamment d’améliorer la fertilisation des terres et leurs rendements. Les sols regorgent d’une vie riche et insoupçonnée, souvent microscopique. Ils hébergent à eux seuls 25% de la biodiversité mondiale. Les animaux fouisseurs qui s’y développent sont essentiels à la création de l’humus – la partie superficielle des sols riches en nutriments et minéraux – qui rend nos sols fertiles en éliminant notamment les matières en décomposition. Une terre en bonne santé est tout simplement une terre riche en faune. Les jardiniers le savent bien, les vers de terre par exemple qui vivent entre 15 et 30 centimètres de profondeur et qui creusent des galeries participent à l’oxygénation des sols, améliorant ainsi la croissance des plantes. La pollution des sols par les pesticides ou le surpâturage sont les principaux facteurs qui participent au déclin de cette biodiversité cachée. En 1950, on recensait environ deux tonnes de vers par hectare, contre moins de 200 kilogrammes par hectare aujourd’hui. La préservation du sous-sol est donc essentielle pour la survie de nombreuses espèces animales et bien sûr l’homme qui en dépend étroitement.

La biodiversité est essentielle à notre alimentation, notre santé et notre sécurité mais aussi à la stabilité des systèmes économiques et politiques mondiaux.

Quant aux pollinisateurs, comme les abeilles, ils sont essentiels à notre sécurité alimentaire. La pollinisation est le processus naturel qui bénéficie à 75% des principales cultures vivrières mondiales, du soja notamment. L’abondance et la santé de ces pollinisateurs sont menacées de disparition à cause de l’utilisation de traitements phytosanitaires, d’agents pathogènes, de l’expansion urbaine, et plus largement du réchauffement climatique. En l’espace de 30 ans, les populations d’abeilles ont ainsi chuté de 25% en Europe. Albert Einstein ne disait-il pas que si l’abeille disparaissait ; il ne resterait plus qu’à l’Humanité 4 ans à vivre ! Mythe ou réalité ?

Les habitats marins et d’eau douce – comme les lacs ; les rivières ; et autres zones humides – riches en espèces de poissons et crustacés, sont les principaux écosystèmes qui nous servent de ressources alimentaires ; à la base de l’économie mondiale comme la pêche. En 2016, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le nombre de personnes vivants de la pêche et de son industrie dans le monde est estimé à quasiment 60 millions de personnes, tout particulièrement en Asie. Mais la pêche mondiale est en péril. Car les stocks de poissons sont surexploités à cause de pratiques désastreuses, comme l’utilisation de gros chalutiers ou le recours à la pêche illégale, qui labourent les fonds marins et vident les océans. Aujourd’hui, un tiers des espèces marines sont surexploitées par l’homme. Une surexploitation qui est trois plus importante qu’il y a 30 ans. Pêché depuis 7 000 ans, le thon rouge est menacé d’extinction. On estime que 80% des ressources de thons rouges ont disparu en l’espace de 50 ans. Quant aux saumons qui naissent en eau douce et migrent ensuite vers l’océan, ils sont l’une des espèces de poissons la plus consommée dans le monde. Selon les estimations, en 20 ans la population de saumon de l’Atlantique a été divisée par deux, à cause notamment de la pisciculture intensive. En effet, 93% du saumon atlantique est issu de l’élevage, fréquemment dopé aux antibiotiques, contaminant ainsi les populations sauvages. En Antarctique, les populations des manchots d’Adélie ont chuté de 42% à cause de la diminution du krill antarctique, de nombreuses espèces de petits invertébrés. Le krill sert notamment à produire des farines animales qui nourrissent ensuite les espèces issues de l’aquaculture. Le krill est à la base de la chaine alimentaire dans l’océan, dont se nourrissent les manchots, les baleines ou encore les phoques.

Les zones humides – qui incluent les deltas et les marécages – très riches en biodiversité, sont aujourd’hui l’un des écosystèmes les plus menacés par la présence humaine. Nous les exploitons, les modifions et les détruisons à un rythme inégalé. Selon le dernier rapport de la Convention Internationale sur les zones humides, ces zones en eau douce disparaissent trois fois plus vites que les forêts. Bien qu’elles hébergent 40% d’espèces, 87% des zones humides ont disparu au cours des 300 dernières années et 54% depuis le début de l’ère moderne. Il est aujourd’hui primordial de préserver ces espaces, sources de matières premières, dont dépend plus d’un milliard de personnes dans le monde. Les tourbières qui ne couvrent pourtant que 3% de la superficie des terres mondiales sont également efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique puisqu’elles stockent deux fois plus de carbone que toutes les forêts mondiales. Quant aux mangroves, ces forêts littorales où se reproduisent de nombreuses espèces de poissons, elles s’avèrent très utiles pour lutter contre l’érosion du littoral. Mais aussi pour limiter les dégâts côtiers causés par les tempêtes et les tsunamis, car les mangroves jouent un rôle de barrières naturelles.

Les ressources en espèces marines et d’eau douce relient de nombreux écosystèmes terrestres et constituent une denrée quotidienne, à la base de nombreux régimes alimentaires dans plusieurs pays du monde. Il s’agit désormais de gérer la pêche et les activités aquacoles de manière durable et responsable, en instaurant des labels et en respectant les quotas fixés par les organismes internationaux. Des mesures obligatoires afin de respecter les cycles naturels de reproduction et de régénération des espèces d’eau.

Fortement impactée par la modification et la détérioration des écosystèmes, la biodiversité ne pourra être préservée qu’en vertu d’une protection des « hauts lieux » de la biodiversité.

ENRAYER LA « 6éme EXTINCTION » EN PRESERVANT LES « POINTS CHAUDS » MONDIAUX DE LA BIODIVERSITE 

L’une des pistes de l’UCIN pour enrayer cette « 6ème extinction » de masse des espèces à l’échelle mondiale, est de lutter contre la fragmentation des habitats en instaurant des zones contiguës et des corridors écologiques. Afin que les animaux puissent évoluer paisiblement au sein de leur écosystème, ou migrer vers des zones plus favorables à leur reproduction, donc à leur survie. Et limiter au mieux les conflits inter-espèces et les impacts humains délétères.

L’inversement de la courbe de l’érosion de la biodiversité devra notamment passer par le renforcement de la préservation des « points chauds » de la biodiversité (hotspots), c’est-à-dire les zones à la fois riches en espèces et très fortement menacées. « La plus importante réponse que la conservation puisse apporter à la menace sur les habitats naturels c’est la sauvegarde de sites clés pour la biodiversité, des sites contribuant à la persistance globale de la biodiversité. Nous en avons identifié beaucoup, mais seulement un tiers d’entre eux sont d’ores et déjà protégés. » détaille le professeur Thomas Brooks, directeur du département Science et Savoir de l’UICN. Le combat pour la préservation ne fait donc que commencer.

En 2017, l’UICN recensait 36 points chauds de biodiversité sur la planète, essentiellement dans la zone intertropicale, soit seulement 2,3% de la superficie de la planète (carte.3 et carte interactive actualisée). Ces « points chauds » abritent plus de 50% des espèces végétales et 42% des espèces de vertébrés terrestres. La France compte 5 « points chauds » dont 4 en outre-mer : à savoir le bassin méditerranéen, les Antilles, la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie, et l’océan Indien. Mais cette cartographie présente des limites puisqu’elle ne prend pas toujours en compte les changements socio-environnementaux actuels et à venir. A titre d’exemple, la bassin du Congo avec ses espaces forestiers quasiment intacts – deuxième forêt tropicale du monde – pourraient totalement disparaitre d’ici la fin du siècle, en tenant compte du rythme actuel de déforestation. L’impact sur la biodiversité s’annonce déjà catastrophique. Malgré cette richesse du vivant, le bassin du Congo n’est pourtant pas considéré comme un « point chaud » de la biodiversité.

Les "points chauds" de la biodiversité mondiale
Carte.3 : En 2017, l’UICN recensait 36 « points chauds » de biodiversité sur la planète, c’est-à-dire les zones à la fois riches en espèces et très fortement menacées. Ces zones se situent essentiellement dans la zone intertropicale, soit une superficie mondiale préservée de 2,3%, à la fois sur les terres émergées et en mer. Ces « points chauds » abritent plus de 50% des espèces végétales et 42% des espèces de vertébrés terrestres. Source : Conservation International, 2005

A la suite de la Convention sur la Diversité Biologique du Congrès Mondial de la Nature (2012), l’UICN a lancé un programme de répertoriage, de valorisation, et de conservation de sites naturels menacés au sein d’aires protégées. Son objectif principal est de faire progresser la qualité de gestion et de gouvernance de l’ensemble des aires protégées dans le monde. Connue sous le nom de la « Liste Verte », ce programme est appelé à devenir une référence mondiale pour l’ensemble de la communauté internationale en charge de la conservation de la nature et de la préservation de la biodiversité. D’ici 2020, l’ambition affichée de cette liste est d’assurer la conservation et la protection de 17% de zones terrestres et de 10% d’aires marines. Aujourd’hui de nombreux pays se sont engagés dans cette démarche. Trente-neuf aires sont désormais inscrites sur cette liste. En consultant la page de la « Liste Verte » de l’UICN vous découvrirez la cartographie mondiale interactive des zones protégées actuellement et celles à venir. La France est d’ailleurs le pays qui compte le plus d’aires protégées sur son territoire, devant la Chine, avec dix sites inscrits au total en 2018, comme entre autres ; la réserve nationale des Terres australes françaises ou le parc naturel régional des Vosges du Nord. En 2050, l’UICN ambitionne de recenser l’ensemble de ces sites clés qui contribuent au maintien de la biodiversité au niveau global, et surtout de les protéger comme jamais auparavant.

« Nous sommes la première génération à comprendre clairement la valeur de la nature et l’impact que nous avons sur elle. Nous pourrons être la dernière à pouvoir faire en sorte d’inverser cette tendance. La période entre aujourd’hui et 2020 pourrait être un moment décisif de l’histoire » Rapport 2018 « Planète Vivante » de la WWF

Pour comprendre l’état de la biodiversité et son devenir, il faudra notamment s’attarder sur l’amélioration de nos connaissances concernant les interactions qui existent entre les espèces. Des connaissances utiles pour mettre en place des actions de sauvegarde efficaces, car l’extinction d’une espèce peut entraîner une réaction en chaîne sur d’autres espèces. Ce qui peut déstabiliser l’ensemble des chaînes alimentaires. « Nous avons commencé à travailler sur l’organisation des communautés avec des modèles. Mais nous avons réalisé qu’il fallait un jeu de données plus complet pour rendre compte des contraintes qui s’exercent sur les écosystèmes dans la nature et obtenir ainsi des résultats intéressants. » témoigne Sonia Kéfi, chercheuse à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. En 2020, l’UICN espère avoir évalué la situation de 160 000 espèces pour mieux estimer l’état de santé de la biodiversité. Mais surtout pour comprendre les interactions complexes qui unissent les espèces et leurs liens d’interdépendances. Et bien évidement de savoir comment les espèces se comportent face aux changements environnementaux, actuels et à venir, de leurs habitats.

Mais, le combat numéro un afin de protéger efficacement la biodiversité actuelle et les systèmes « écosystémiques » vitaux pour l’homme, est de procéder sans attendre à la restauration des terres, en favorisant par exemple l’agroforesterie et en ayant recours à l’agriculture raisonnée. Il est donc ; avant tout, nécessaire de renforcer notre lutte contre le réchauffement climatique. En effet, les changements climatiques en cours sont l’un des moteurs principaux de la détérioration des sols et des habitats dans le monde. A l’avenir, les régions humides devraient devenir plus humides et plus chaudes, tandis que les régions sèches deviendront de plus en plus sèches. Ces nouvelles conditions climatiques poussent les espèces à migrer ou tout simplement à disparaitre, fautes d’adaptations à leur nouvel environnement. Comme le déclare Sir Robert Watson, président de l’IPBES : « La dégradation des terres, la perte de biodiversité et le changement climatique sont trois faces différentes du même défi central : l’impact de plus en plus dangereux de nos choix sur la santé de notre environnement naturel. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous attaquer isolément à l’une de ces trois menaces – elles méritent chacune la priorité politique la plus élevée et doivent être traitées ensemble. »

Des actions globales devront être menées pour trouver des solutions efficaces pour protéger le vivant et assurer le bien-être humain. Comme par exemple, réduire notre consommation de viande qui détruit de manière irréversible les terres, à cause du surpâturage et/ou de l’utilisation de produits phytosanitaires néfastes. Mais aussi, de réduire le gaspillage alimentaire, enrayer la pollution en mettant en place des filières efficaces de recyclage, notamment dans les pays en voie de développement. Ou encore d’abandonner les pratiques agricoles intensives, et favoriser la monoculture ou le labour. Un ensemble de mesures plus respectueuses des sols.

Les défis pour sauvegarder la biodiversité sont donc nombreux et complexes. « Il s’agit désormais d’intégrer la biodiversité dans toutes les prises de décision, dans tous les secteurs de l’économie, et de toutes les politiques publiques. » estime Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). Il en va tout simplement de la survie de l’Humanité. Comme le rappelle le rapport « Planète Vivante 2018 » de la WWF : « Nous sommes la première génération à comprendre clairement la valeur de la nature et l’impact que nous avons sur elle. Nous pourrons être la dernière à pouvoir faire en sorte d’inverser cette tendance. La période entre aujourd’hui et 2020 pourrait être un moment décisif de l’histoire ». Alors, que souhaitons-nous faire ? Nous résigner et courir à notre propre perte. Où voulons-nous véritablement agir pour la préservation de cette fabuleuse alchimie : la vie, présente sur Terre depuis 3,5 milliards d’années !? Lutter contre la perte de la biodiversité ne serait-il pas finalement le défi numéro un du XXIème siècle ?

L'ESSENTIEL À RETENIR
Sites internet

Articles et dossiers

Études scientifiques

Rapports officiels et communiqués de presse

close

PARTICIPEZ AU RÉCIT DE L'ODYSSÉE DE LA TERRE EN LAISSANT UN COMMENTAIRE !

Merci de saisir votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.