Vu depuis l’espace, le delta de l’Okavango dessine d’immenses fractales de Lichtenberg qui s’étendent comme d’immenses éclairs à travers l’Afrique australe sur les terres arides du Botswana. « Le fleuve qui ne se jette pas dans la mer ». Tel est le surnom du fleuve Okavango. Né dans les hauts-plateaux de l’Angola, traversant brièvement la Namibie, il se forme aux portes du Botswana, de l’union des rivières Cubango et Cuito. Long de 1 700 km, le fleuve ne se jette pas dans la mer mais donne naissance au deuxième plus grand delta intérieur du continent noir (18 000 km²) après le delta du Niger au Mali (40 000 km²). En se perdant dans le Kalahari, le delta de l’Okavango constitue l’un des systèmes de zones humides les plus extraordinaires de la planète.
Mis au monde par la fougue des eaux du fleuve Okavango, imperturbable force de la Nature qui lui redonne vie chaque année lors de sa crue annuelle, ce delta endoréique possède une particularité unique : ses eaux se perdent dans les sables brûlants du désert du Kalahari. Ainsi y voient le jour des écosystèmes uniques et fragiles qu’il est vital de protéger pour préserver leurs richesses exceptionnelles.
Où se trouve le delta de l’Okavango et comment le localiser ?
Magistral, le delta de l’Okavango s’étend en plein milieu de l’Afrique australe.
Dans le sein de l’Afrique australe
Le delta de l’Okavango prend forme dans le nord-ouest du Botswana. Il est bordé par la Zambie, au nord, l’Afrique du Sud, au sud, le Zimbabwe, à l’est et la Namibie et l’Angola à l’ouest.
Quand il prend sa source dans les hauts-plateaux de l’Angola (entre 1 200 et 1 800 m d’altitude), le fleuve Okavango n’est pas encore l’immense delta qu’il deviendra 1 700 km plus loin. Il descend le long des montagnes angolaises via les rivières Cubango et Cuito avant d’arriver en Namibie qu’il traverse brièvement par la bande de Caprivi.
C’est sur ce territoire de 450 km de long et 30 km de large seulement, situé entre le sud du Botswana, le nord de la Zambie et l’Angola que se forment les premières embouchures du delta de l’Okavango. Le fleuve ira ensuite irriguer quelque 15 000 km² de savanes africaines avant d’aller mourir dans le désert du Kalahari.

Morphologie et structure du delta de l’Okavango
Le delta de l’Okavango est une mosaïque surprenante de paysages que l’UNESCO a inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité en 2014 . Il s’étend comme un immense triangle des portes du Botswana jusqu’au désert du Kalahari.
Sur les plus de deux millions d’hectares qu’il forme avec sa zone tampon, quelque 600 000 hectares de marécages permanents ont déjà été répertoriés. Ainsi que plus d’1,2 million d’hectares de prairies saisonnièrement inondées.
En raison des précipitations et des crues saisonnières, le delta de l’Okavango ne présente pas un tracé fixe. En son sein, il est constitué de milliers de chenaux tentaculaires qui vont donner naissance à différentes zones humides :
- des prairies inondées (sous l’eau plusieurs mois) ;
- des plaines d’inondations (sous l’eau de manière temporaire) ;
- des îles ;
- des lagons ;
- des forêts ripicoles (forêts qui occupent les cours d’eau).
Sur les extrémités du delta, on trouve des pans, de grandes étendues de plaines salées, vestiges de l’époque où le lac Makgadikgadi occupait la zone actuelle du delta de l’Okavango.
Ce delta intérieur est si riche qu’il forme aujourd’hui la deuxième plus grande zone humide d’importance internationale du monde (site RAMSAR) avec une superficie de 55 374 km².
Comment s’est formé le delta de l’Okavango ?
Il y a 25 millions d’années, le rift est-africain fracture l’Afrique australe. De cette déchirure tectonique naît un immense lac préhistorique. C’est de ces deux phénomènes que le delta de l’Okavango tire son origine. Sans ces phénomènes, le fleuve Okavango aurait continué sa route vers la mer. Cette convergence fait de lui un fleuve endoréique, condamné à disparaître dans les sables du Kalahari.
Une origine tectonique : le grand rift de l’Afrique australe
En raison de la géologie du grand rift est-africain, le delta de l’Okavango occupe une cuvette tectonique. Les failles actives qui forment son graben (fossé d’effondrement) piègent les sédiments et les eaux du fleuve Okavango en chemin. C’est ce qui génère sa forme si particulière et la faible inclinaison des eaux qui l’empêche de rejoindre la mer.
Le grand rift est-africain est encore actif, et le système géologique du delta évolue avec lui. Ainsi, la morphologie du delta est sans cesse modifiée par les mouvements tectoniques du sol.

Le rôle du lac Makgadikgadi
L’histoire géologique du delta de l’Okavango est indissociable de celle du lac Makgadikgadi. Ce lac préhistorique, ou paléolac, s’est évaporé il y a 10 000 ans. Les pans du delta en sont les derniers vestiges. Ces vestiges prennent la forme de vastes plaines salées et asséchées, de véritables mers de sel, situées aux abords du Kalahari. On en distingue deux :
- Le pan de Makgadikgadi, au nord-est, lui-même composé de plusieurs pans secondaires ;
- Le lac Ngami, en plein désert, un lac de soude régulièrement frappé par de grandes sécheresses. Les eaux du delta ne l’atteignent qu’exceptionnellement, lors de crues particulièrement importantes.
Les processus géomorphologiques actifs dans le delta de l’Okavango
Si la morphologie du delta de l’Okavango est en constante évolution, c’est aussi dû aux processus géomorphologiques actifs qui sont à l’origine de la formation des îles. Celles-ci sont, pour la majeure partie, l’œuvre des termites.
Dans le delta de l’Okavango, pour éviter la noyade lors des périodes de crues, les termites bâtissent de très très hautes termitières. Sur ces îles termitières se développent une végétation abondante qui grandit grâce à l’eau du delta. Ces végétaux rejettent de l’eau dans l’atmosphère mais laissent des minéraux au pied de la plante (calcite et silice notamment). Au fil du temps, l’accumulation de minéraux et le dépôt de sédiments à la base de la termitière donnent naissance à une île.

Les processus géomorphologiques et les perturbations écologiques (érosion due au passage des animaux, déracinement des arbres, creusement du sol…) participent à la mosaïque dynamique d’habitats en perpétuelle évolution dans le delta de l’Okavango.
« L’Okavango est un fleuve endoréique, c’est un fleuve sans embouchure, un fleuve qui ne se jette pas dans la mer. »
Le « miracle » du pouls de crue dans le delta de l’Okavango
La caractéristique la plus spectaculaire du delta de l’Okavango est un paradoxe : la crue annuelle qui lui donne vie se déroule en pleine saison sèche.
Un fleuve endoréique : aucune embouchure maritime
En géographie, un fleuve est un cours d’eau qui se jette dans la mer. Exception à la règle, les fleuves endoréiques. L’Okavango est un fleuve endoréique, c’est un fleuve sans embouchure, un fleuve qui ne se jette pas dans la mer.
Tous les ans, le fleuve Okavango charrie environ 11 km3 d’eau depuis les hauteurs de l’Angola jusqu’au désert du Kalahari. Sur son chemin, il irrigue 15 000 km² de terres. Cette eau n’atteint jamais l’Océan Indien qui borde l’est de l’Afrique australe. Elle s’évapore, s’infiltre dans le sol ou alimente des aquifères mais elle ne dépasse jamais les frontières du Kalahari.
Le paradoxe de la crue en saison sèche
Un phénomène contre-intuitif se produit dans le delta de l’Okavango : la crue annuelle du fleuve survient en juillet, en pleine saison sèche, et non durant la saison des pluies, entre décembre et février.
Si le désert se transforme en oasis au moment où il a le plus besoin d’eau, c’est parce que le fleuve Okavango prend sa source en Angola, à 1 700 km en amont du delta. Les pluies qui tombent sur les hauts-plateaux angolais et qui vont venir grossir le delta se produisent entre novembre et mars. Elles prennent alors plusieurs mois pour rejoindre les plaines du delta.
Ce phénomène est nommé flood pulse (pouls de crue). Les inondations déclenchent un boom de production primaire et zooplanctonique qui sont à l’origine de l’épanouissement de la biodiversité de la région. C’est aussi la meilleure période pour venir découvrir l’Okavango.

Variabilité hydrologique et rendement halieutique : une relation étroite
L’amplitude de la crue annuelle dans le delta de l’Okavango varie d’une année sur l’autre. Le paysage du delta change au fil de l’extension des zones inondées, aidé par les mouvements tectoniques résiduels du grand rift est-africain.
Ketlhatlogile Mosepele, docteur en philosophie et vice-chancelier de l’Université de l’Agriculture et des Ressources naturelles du Botswana, a démontré dans son article The Okavango Delta: Fisheries in a fluctuating floodplain system, qu’il existait un lien entre les crues exceptionnelles dans le delta et la croissance des populations de poissons les années suivantes. Le décalage entre la taille des crues et les prises de poisson illustre à quel point les équilibres alimentaires au sein du delta de l’Okavango sont complexes.
Le delta de l’Okavango : un sanctuaire pour la faune et la flore africaines
La flore et la faune sauvage du delta de l’Okavango sont parmi les plus florissantes du continent africain grâce au flood pulse.
Les chiffres-clés de la biodiversité
Lors de son dernier recensement en 2014, l’UNESCO a dénombré :
- pas moins de 1 061 espèces de plantes ;
- 89 espèces de poissons ;
- 482 espèces d’oiseaux ;
- 130 espèces de mammifères.
En 2023, une étude portant sur la biodiversité invisible de l’Okavango a mis au jour 2 204 espèces d’eau douce et 355 espèces supplémentaires probables. Il s’agit dans leur grande majorité de phytoplancton et de macroinvertébrés.
La mégafaune : le territoire des Big five
Le delta de l’Okavango abrite l’une des plus grandes concentrations de grands mammifères de toute l’Afrique.
Cette mégafaune accueille presque tous les grands animaux emblématiques de la faune africaine et notamment des hippopotames, des girafes, des guépards, des lycaons, des babouins, des phacochères, des hyènes mais aussi des crocodiles (raison pour laquelle il vaut mieux éviter la baignade dans les bras du delta). Tout cela sans compter sur les emblématiques animaux du Big five, les lions, les léopards, les rhinocéros noirs, les buffles et les éléphants. Le Botswana possède notamment la plus importante population de pachydermes d’Afrique avec 130 000 individus.
La grande diversité de cette faune est en lien direct avec la richesse des chaînes trophiques liées au flood pulse. Les chaînes trophiques sont des chaînes alimentaires dans lesquelles les êtres vivants d’un niveau trophique mangent ceux d’un niveau inférieur. Les lions du delta de l’Okavango en sont les meilleurs exemples. Ils sont les plus grands d’Afrique. Deux raisons à cela : une alimentation riche, grâce à des herbivores eux-mêmes bien nourris par les ressources du delta, et des muscles assez développés par la marche dans l’eau.

L’avifaune : un paradis pour les oiseaux
On recense entre 444 et 482 espèces d’oiseaux dans le delta de l’Okavango. Si l’endroit est un lieu d’observation privilégié de la faune avicole, c’est parce qu’il abrite notamment des grues caronculées, des balbuzard pêcheurs, des hérons Goliath, des flamants et six espèces de vautours rares dont le vautour à dos blanc.
Parmi toutes ces espèces, 24 sont menacées d’extinction au niveau mondial, dont le bucorve du Sud, la grue caronculée et l’aigrette vineuse.
Il existe deux raisons pour lesquelles l’avifaune du delta est si conséquente : il s’agit d’une zone de halte migratoire importante et l’empreinte humaine sur la région est encore peu marquée. Le delta est d’ailleurs classé comme Zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO).

La biodiversité aquatique invisible
A la base de toute la chaîne alimentaire du delta de l’Okavango, il y a la biodiversité aquatique invisible. Constituée de quelque 2 204 espèces d’eau douce, la population de cet habitat aquatique est majoritairement dominée par les phytoplanctons, les algues et les macroinvertébrés.
Ces derniers nourrissent les espèces de poissons de la zone humide qui, à leur tour, nourrissent les oiseaux piscivores. Ces poissons deviennent ensuite les proies des crocodiles, des lycaons, des hyènes et des autres grands fauves du delta.
Le delta de l’Okavango, un patrimoine universel à préserver
Au Botswana, en plein cœur de l’Afrique australe, le delta de l’Okavango étend ses bras aquatiques à travers une mosaïque de paysages extraordinaires entre les hauts-plateaux de l’Angola et le désert du Kalahari.
Classé au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO, reconnu zone humide d’importance internationale, le deuxième plus grand delta intérieur d’Afrique s’est formé sur la faille du grand rift est-africain, en se glissant dans les traces du paléolac de Makgadikgadi. Ce sont les mouvements continus de la faille qui lui donnent son aspect actuel, en étroite collaboration avec les îles termitières géantes qui poussent en son sein et qui donnent naissance aux îles où la faune et la flore de l’Okavango s’épanouit.
Le delta de l’Okavango possède une faune d’une richesse époustouflante qu’il doit à sa spécificité unique : sa crue annuelle qui se déroule en pleine saison sèche et son flood pulse. Grâce à elle, le delta de l’Okavango héberge une biodiversité incroyable, avec une importante population de grands mammifères, et particulièrement les incontournables Big five (éléphants, lions, léopards, rhinocéros noirs et buffle), mais aussi près de 500 espèces d’oiseaux et plus de 2 200 espèces d’eau douce.
Mais le patrimoine du delta de l’Okavango est fragile. De nombreuses menaces planent aujourd’hui sur ses eaux et sur les populations humaines et animales qu’il abrite. Sa préservation a débuté mais elle est loin d’être achevée.

